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Jessica Benhamou, une jeune réalisatrice et productrice prometteuse

Elena Moret 18 mars 2021
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Jessica Benhamou @ Brittany Ashworth

A l’occasion du BFI Flare : London LGBTIQ+ Film Festival qui se tiendra du 17 au 28 mars online, nous avons eu la chance d’interviewer une des réalisatrices montantes au Royaume-Uni, Jessica Benhamou. Rencontre.

Comment ton parcours t’a-t-il amené vers la production et la réalisation ?

Je ne fais pas partie des gens qui peuvent prétendre avoir toujours rêvé de travailler dans le cinéma. Cet intérêt est venu bien plus tard. J’ai d’abord eu la chance d’étudier la littérature française à l’Université d’Oxford, pour ensuite me diriger vers un Master en journalisme d’investigations, ce qui m’a en quelques sortes aidé à trouver mon chemin. Lors d’un exercice pendant mon master, j’ai dû utiliser une caméra, et là, immense coup de foudre ! J’ai réalisé à ce moment-là que le cinéma pouvait combiner plusieurs de mes intérêts ; l’écriture, l’art visuel, la musique, l’esprit d’entrepreneur. Chaque film apparaît comme une nouvelle start-up avec ces défis bien particuliers.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le cinéma et de quelle forme de réalisation es-tu la plus proche ?

J’aime le voyage dans mon imagination qui s’opère à la naissance d’un projet cinématographique. Mais aussi et surtout le contact que le cinéma crée, tous les échanges et tous les gens que je rencontre grâce à un film. De par mon parcours, c’est vers le genre du documentaire que je me tourne tout naturellement. Mais j’aime aussi les documentaires qui sortent du cadre, qui arrivent à nous faire croire, lors d’un instant, qu’il s’agit d’histoires fictives. Le documentaire a pour moi la richesse de partager des histoires, des parcours, auxquels on peut s’identifier, multiculturels et ancrés dans la réalité.

Qu’est-ce qui fait un bon film selon toi ?

Un bon film doit t’immerger complètement dans le monde qu’il propose, avec sa réalité, ses personnages et son histoire. J’aime les histoires surprenantes avec des personnages qui semblent réels. Je ne désire pas faire du cinéma trop descriptif, les règles existent pour être enfreintes ! En général, j’estime qu’un film est merveilleux lorsqu’il m’a profondément bouleversée, qu’il dégage une certaine originalité avec des narrateurs qui détonnent. Pour citer quelques exemples récents : “Parasite” de Bong Joon-ho, “Marriage Story” de Noah Baumbach ou encore “The Mistery of D.B Cooper” de John Dower.

Quels sont les enjeux actuels de la production ?

Le cinéma est en constante évolution avec l’avènement d’internet, des smartphones et des
plateformes de streaming. Aujourd’hui, faire un film est beaucoup plus ouvert et démocratisé. En 2015, le film “Tangerine” ; entièrement filmé sur IPhone était sélectionné au Sundance (festival de cinéma mondialement reconnu, ndlr). Et maintenant, une pandémie a bouleversé notre industrie qui s’avérait être déjà précaire. Les films internationaux et historiques ont notamment plus de difficultés en ce moment. Mais 2020 a malgré tout, eu des changements bénéfiques sur la production : cette situation nous force à réévaluer la longueur des journées de tournage ainsi que la pression de ne jamais manquer une journée de travail, même lorsqu’on est malade ! Il faut que le monde du tournage devienne plus inclusif. J’ai toujours laissé les parents amener leurs jeunes enfants sur les tournages et j’espère que les studios vont commencer à offrir des crèches pour permettre à ces parents de travailler. Dans le chaos qu’a été 2020, j’ai commencé à travailler comme “Field Producer” (il s’agit de la personne qui coordonne l’histoire pendant que l’équipe est sur le terrain, elle travaille généralement avec un reporter et un photographe, effectue des recherches et collecte des informations nécessaires au bon déroulement du film, ndlr) sur des projets français. Avant la pandémie, les rencontres s’effectuaient principalement lors d’événements ou d’adhésions, tous deux payants. Aujourd’hui, j’utilise des services en ligne comme LunchClub, qui permettent de créer un réseau avec des cinéastes de manière plus économique et effective. Je privilégie des connexions mûrement réfléchies, avec une vue sur la durée, puisqu’il est très difficile de garder un grand réseau dans ce milieu.

Comment est née JSB Films, ta société de production ?

JSB Films est née en juin 2016 quand j’ai gagné un prix Cointreau, le “Cointreau Creative Crew”, destiné aux entrepreneurs créatifs. Cela m’a permis de terminer mon court-métrage et développer ma première œuvre en tant que réalisatrice. Je suis très reconnaissante des opportunités que ce prix m’a amené par la suite. C’est aussi grâce à lui que j’ai pu développer ma première série documentaire.

http://www.jsbfilms.com/

Peux-tu nous dévoiler certains de tes projets actuels et futurs ?

Voici le premier visuel d’un court métrage que j’ai réalisé et qui sera diffusé entre le 17 et 28 mars au BFI Flare. Il s’appelle “L’amour est une grenade” ; l’alcool, les drogues et une amitié qui ne tient qu’à un fil forment tous trois un cocktail explosif dans ce mini drame. Il sera diffusé gratuitement au Royaume-Uni sur BFI iplayer pendant leur festival mais aussi pour les français qui achèteront un pass pour le festival online. J’espère qu’il sera un jour diffusé en France !

@Jeremy Cox

J’ai aussi une série documentaire d’enquêtes, “The Ridge”, que je développe en tant que réalisatrice et productrice avec Salon Pictures et John Dower, un incroyable réalisateur en Angleterre que j’admire énormément et que j’ai la chance d’avoir comme producteur exécutif sur ce projet. LE premier tournage a eu lieu en décembre 20419 au Canada et j’espère qu’on obtiendra bientôt le feu vert pour la série. La première commande est toujours difficile pour un réalisateur, mais particulièrement pour une réalisatrice ! Nous avons un agent, Drive TV, qui s’occupe des distributeurs et nous sommes en plein milieu des présentations auprès des plateformes de streaming et des sociétés de diffusion.

Je produis aussi un court-métrage avec Oscar Hausman qui s’appelle “Samovar”, avec les acteurs Alex Lawther (Black Mirror, The End of the Fucking World) et Angus Wright. C’est la deuxième fois que le scénariste Frank McGuiness et la réalisatrice Lia Williams font un court métrage ensemble, le premier ayant été nominé pour un BAFTA.

Sinon, j’ai passé énormément de temps en 2020 commencer à écrire des scénarios pour ensuite les jeter à la poubelle ! C’est très frustrant. J’ai en ce moment, une idée d’un scénario qui ne me lâche pas, j’espère que ce sera le bon !

Cliquez ici pour découvrir le court métrage “L’amour est une grenade”. 

Propos recueillis par Elena Moret

 

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