“Mon Gâteau préféré” : sous l’apparence d’une romance, un acte de résistance
"Mon Gâteau préféré" de Maryam Moghadam et Behtash Sanaeeha © 2018 Arizona Distribution
À travers le portrait de Mahin, une femme vieillissante confrontée à la solitude et aux contraintes imposées par le régime iranien, “Mon gâteau préféré” – sorti le 5 février 2025 – met en lumière des réalités souvent invisibilisées, notamment celles des femmes âgées. Dans un pays où les libertés individuelles sont constamment surveillées, ce film parvient à aborder des enjeux de grande portée avec subtilité, tout en offrant un récit profondément humain.
Au cœur de l’histoire se trouve Mahin, une femme âgée et isolée, dont les enfants ont émigré à l’étranger. Sa vie quotidienne est marquée par le vide, jusqu’à ce qu’un vieux chauffeur de taxi ravive son désir d’amour et de complicité. Bien que leur rencontre soit timide et fragile, elle devient pour Mahin l’occasion de réinventer une part de son existence, longtemps laissée de côté par une société qui tend à effacer les femmes.
Mais ce récit intime va bien au-delà d’une simple quête amoureuse tardive. Mon gâteau préféré pourrait être perçu comme une comédie romantique légère, mais sous ses airs naïfs et son rythme lent, le film cache une critique subtile des conditions imposées à la société iranienne. En défiant les interdits – représentation féminine, relations hommes-femmes, espace privé, musique et danse – le film s’impose comme un acte de résistance.
La mise en scène repose sur un cadre restreint, limité à quelques rues et à l’intérieur d’une maison de Téhéran. Ce choix n’est pas anodin : il illustre non seulement l’isolement de Mahin, mais aussi le secret qui entoure son histoire et celui du tournage. Dans un pays où chaque mouvement est surveillé et où le cinéma indépendant est contraint à la clandestinité, cette mise en scène confinée devient une nécessité autant qu’un symbole. Ce huis clos incarne la double oppression que subissent les femmes et les artistes en Iran.
En effet, Mon gâteau préféré ne se contente pas de questionner les normes sociales ; il le fait dans un contexte de répression intense. Tourné en secret pendant les manifestations contre le régime et la montée du mouvement “Femmes, Vie, Liberté”, le film acquiert une portée politique évidente. Ses réalisateurs ont risqué leur liberté pour faire entendre ce message et subissent aujourd’hui les conséquences. Privés de leurs passeports, ils sont actuellement retenus en Iran, devenant malgré eux le symbole de la censure systématique qui frappe les artistes. En parallèle, leur film, récompensé à la Berlinale, continue de circuler comme un acte de défiance, rappelant que, parfois, la fiction est le seul moyen d’exprimer une vérité que le pouvoir cherche à faire taire.
Zoé Lunven
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