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Nicole Kidman, méconnaissable dans “Destroyer”

Amandine Moigno 15 février 2019
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La réalisatrice américaine Karyn Kusama nous propose de plonger au cœur des bas-fonds de Los Angeles où l’on suit les déboires et mésaventures de la détective Erin Bell, interprétée par Nicole Kidman.

Âme en détresse

Méconnaissable, Nicole Kidman incarne avec brio Erin Bell, une détective de la police de Los Angeles. La tournure tragique que va prendre le braquage dans lequel elle était infiltrée va la marquer au fer rouge pour l’imprégner d’une douloureuse culpabilité. Des années plus tard, elle ressasse encore ses erreurs du passé. Autrefois lumineuse et pleine de vie, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Détruite psychologiquement, le regard absent et la démarche hagarde, elle erre dans les rues de Los Angeles avec un seul but : se venger.

Sur le plan familial, ce n’est pas vraiment mieux : séparée, mère alcoolique, elle tente de rattraper ce qu’il reste de sa relation mère-fille sans trop de succès. Ainsi, entre le présent et le passé, on suit Erin Bell, déterminée à mettre la main sur celui qui a ruiné sa vie en toute impunité, un prénommé Silas.

Une performance autant physique que psychologique

À travers son impressionnante transformation physique, Nicole Kidman reflète avant tout l’état psychique désastreux et destructeur de son personnage. Karyn Kusama a voulu que “le visage d’Erin reflète le passage du temps et les regrets”. Physiquement déplaisante, elle l’est tout autant dans son comportement froid et agressif qu’elle adopte avec les personnes qu’elle rencontre sur sa route.

Hantée par la culpabilité et sans réelle ambition, sinon se venger, Erin Bell semble avoir perdu tout contact avec le monde réel. Elle préfère poursuivre son enquête solitaire, qui s’éternise, au détriment des relations avec ses proches qu’elle délaisse. Malgré son image de femme impassible, irascible et à la morale douteuse, son intransigeance et sa détermination constituent ses forces.

Des acteurs remarquables

Face à l’impressionnante performance de Nicole Kidman, les autres membres du casting ne déméritent pas, dans leur interprétation juste et solide de leur personnage. On retrouve le charismatique Sebastian Stan, dont la performance dans Moi, Tonya a déjà été saluée. Ici, il interprète Chris, le partenaire et amant d’Erin Bell. En quelques scènes seulement, il réussit à imposer sa présence face à la monumentale Nicole Kidman. Leur complicité à l’écran est palpable et rapidement Sebastian Stan réussit à nous transmettre la sincérité de leur amour et la tendresse qu’il éprouve pour la jeune détective.

À l’inverse, dans le rôle de Silas, Toby Kebbell nous dessine un méchant tout en nuances. À la fois imprévisible et nonchalant, il dépeint un criminel au look soigné de pseudo-hipster, imbu de lui-même et enivré par son aura de gourou au sein d’une bande de malfrats de seconde zone. Ses cheveux longs et soyeux sont moins le miroir de son pouvoir de nuire que celui de la vanité de ses ambitions. Manipulant son entourage à sa guise, il ne reste au fond qu’une petite crapule véreuse de Los Angeles qui tombera vite dans l’oubli.

Enfin, Tatiana Maslany est majestueuse dans le rôle de Petra. Connue pour son rôle dans la série Orphan Black, elle est habituée à camper des personnages complexes aux multiples facettes. Elle interprète ici Petra, une petite bourgeoise qui a décidé de suivre le chemin de la drogue, des mauvais garçons et de l’argent sale. Comme Erin Bell, elle est ravagée par le temps, la drogue et est déconnectée du monde réel. Petite amie de Silas par le passé, elle le seconde dans ses braquages et devient son sbire, à défaut d’être son amante. Vivant dans un taudis, dépendante de sa dose quotidienne et frôlant la folie, elle inspire notre compassion.

Un portrait peu commun de Los Angeles

C’est au volant de sa voiture qu’Erin Bell nous emmène découvrir les environs méconnus de Los Angeles. Bercé par ses allers-retours, de jour comme de nuit, on commence à deviner l’environnement froid et hostile dans lequel notre anti-héroïne va évoluer. Permutant entre villas luxueuses des quartiers riches et la périphérie désolée où règne la criminalité, on suit la détective mener son enquête dans cette jungle urbaine.

D’abord ébloui par le soleil de Californie, puis terrassé par la chaleur ambiante, on prend plaisir à regarder Erin Bell se démener dans cette grande nébuleuse, entre longues étendues d’asphalte et architectures coulées au béton et à l’acier. Les paysages urbains reflètent le désert relationnel de sa vie et son agressivité.

Loin des cartes postales séduisantes de Los Angeles et du clinquant Hollywood, la ville constitue un véritable personnage de l’histoire. Elle engendre les délinquants, cultive les vaines aspirations, encourage les convoitises, attise les braises d’une société toujours plus inégalitaire. Ainsi, Karyn Kusama nous brosse un portrait réaliste des banlieues délaissées et occultées de la Cité des Anges.

Amandine Moigno

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