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Rencontre avec Nahéma Ricci, remarquable Antigone dans le film de Sophie Deraspe

Nahéma Ricci dans Antigone © ACPAV

Cette jeune actrice québécoise, issue de parents immigrés franco-tunisiens, nous livre dans Antigone de Sophie Deraspe, actuellement en salles, une performance forte et subtile. Elle y incarne une Antigone vibrante, tout à la fois intime et universelle, qui capte l’essence même de notre époque.  

Pouvez-vous brièvement présenter votre parcours à un public français qui ne vous connaît pas encore ?

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours adoré les cours de théâtre à l’école primaire et secondaire (Lycée) et ai toujours eu une fascination pour le travail d’acteur/actrice. À dix-sept ans, j’ai décroché un rôle dans le long-métrage Ailleurs (Samuel Matteau) – mon meilleur ami qui jouait le premier rôle m’avait suggérée au réalisateur. Antigone fut ma deuxième expérience sur un plateau de tournage, que j’ai obtenue à la suite d’une longue série d’auditions en casting “sauvage”. Ce rôle m’a ouvert bien des portes.

Vous aviez déjà étudié et même interprété Antigone plus jeune. Comment a évolué votre vision sur ce personnage qui existe depuis des siècles ?

C’est difficile pour moi de replonger dans la vision que j’avais d’Antigone lorsque je l’ai étudiée vers l’âge de quinze ans, puis dix-neuf ans : ma compréhension du monde et de moi-même évolue sans cesse et je projette des choses différentes sur le personnage. Aujourd’hui, je suis peut-être davantage en mesure d’expliquer ma fascination pour ce mythe tandis que lorsque j’étais adolescente je n’avais pas nécessairement l’envie ou le recul pour intellectualiser ce sentiment. J’imagine qu’il y avait là aussi seulement le fait rare qu’on me présente un personnage féminin grandiose, complexe et ancien.

Nahéma Ricci dans Antigone © ACPAV

Qu’est-ce qui vous a poussée à incarner à nouveau cette héroïne mythique pour le film de Sophie Deraspe ?

C’était une évidence pour moi, un appel. J’avais déjà un grand intérêt pour le mythe d’Antigone et j’avais vu et aimé les précédents films de Sophie.

Votre parcours fait-il écho à Antigone ? Vous ressemble-t-elle par certains aspects ?

C’est sûr que je partage certains aspects de personnalité avec Antigone, je lui ai insufflé certaines choses et elle m’a beaucoup appris aussi. En revanche, même si mes parents sont immigrés, je suis née au Canada et j’ai grandi dans un milieu plus privilégié et donc hors des enjeux du personnage.

Comment vous êtes-vous préparée au rôle ?

J’ai d’abord relu certaines versions du mythe, Sophie m’a fait découvrir l’Antigone de Bertolt Brecht que j’ai particulièrement aimé et qui m’a beaucoup inspirée. J’ai aussi étudié minutieusement le scénario, l’arc du personnage. Je ne pensais qu’à ça. Sa manière d’être en relation avec elle-même, les autres, la vie et la mort, tout ça se précisait de jour en jour.

Aviez-vous un processus de travail particulier avec la réalisatrice et les autres acteurs ?

Il y a eu des répétitions, avec les autres actrices et acteurs. Sinon, j’ai vu Sophie environ une fois par semaine sur une période de plusieurs mois, ce qui fut une grande rencontre pour moi. Ces discussions nous ont permis de façonner un langage, des repères et de bâtir un terrain de confiance.

Nahéma Ricci dans Antigone © ACPAV

Comment avez-vous travaillé avec la réalisatrice à rendre le personnage d’Antigone aussi réaliste et contemporain ?

À un moment, il est devenu nécessaire de se distancer de la figure mythologique. Il fallait conserver son identité tout en se l’appropriant, en l’abordant de manière cinématographique. D’être moins dans la conceptualisation du personnage et plutôt dans la recherche concrète de ses attributs, sa façon de bouger ou de parler, dans un contexte hyperréaliste. Par exemple, nous avons travaillé pour modifier ma voix, qui est devenue plus aiguë, aérienne.

Dans une des scènes du film, vous vous faites couper les cheveux très courts face caméra. Comment l’avez-vous vécu ? Cela vous a-t-il permis d’entrer davantage dans le rôle d’Antigone ?

Pour moi se couper les cheveux est un rituel et un choix très intime et d’avoir été en quelque sorte privée de ce moment puisque je l’ai vécu dans l’identité d’Antigone plutôt que la mienne, fut assez troublant. Toutefois, j’avais l’impression en quelque sorte de vivre une expérience simultanée avec la fiction et pour moi, Antigone devient Antigone à ce moment-là, elle franchit un point de non-retour et il y avait quelque chose d’enivrant !

Nahéma Ricci dans Antigone © ACPAV

Avez-vous vous-même rencontré ou voyez-vous dans certaines personnes connues ou non des Antigone ?

Malala Yousafzai, Greta Thunberg, Assa Traoré, Pia Klemp, pour n’en nommer que quelques-unes.

Quels sont vos futurs projets ?

En fait, mon prochain projet est une série télé, réalisée par Sophie Deraspe !

Est-ce que le rôle d’Antigone a joué dans ce que l’on vous propose désormais et/ou dans votre façon de les appréhender ?

Depuis Antigone, je reçois plus de propositions, je suis très attentive dans mes choix concernant la représentation des femmes et/ou de l’identité arabe.

“Does this help or does this hurt ? Every artist has made a choice about the material they’ve done and decided to contribute – either by default or intention.” (Meryl Streep)


Propos recueillis par Annabelle Reichenbach

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