Robert Mitchum est mort – Olivier Gourmet
Faire un film en confiant le rôle principal à un acteur affublé d’un bec-de-lièvre, c’est déjà peu commun. L’imprégner de rockabilly et de psychobilly (une forme de rock vintage, associé aux films de genre), c’est encore plus osé. Bref, il y avait toutes les chances que le film se vautre lamentablement, pour cause d’oubli du spectateur, occupé à errer lamentablement au milieu des méditations hiératiques et imbitables des deux réalisateurs, Olivier Babinet et Frédéric Kihn. Pourtant le miracle opére, deo gratias, et les compères nous embarquent littéralement dans leur galère, sans une once de mal de mer.
C’est donc l’histoire de Francky, acteur de seconde zone, dont le manager, Arsène (Olivier Gourmet, impressionnant) est le seul à reconnaître le talent. Talent qui se limite à doubler en playback une des scènes du film Fatal Angel. Les voilà donc parti vers Sodankylä, en Finlande, pour trouver Sarineff, LE réalisateur capable aux yeux d’Arsène de sublimer Francky.
Ce périple initiatique, les réalisateurs l’ont réellement effectué, à la recherche de Kaurismäki. C’est sans doute tout ce qui fait la différence. Il parviennent en effet à saisir avec un talent certain la poésie d’une zone portuaire à l’abandon, et les femmes fatales rencontrées furtivement, qui changent votre vie en quelques heures. La confusion dans la temporalité se justifie par les horaires flous et le jour perpétuel du cercle polaire, notamment pendant les scènes du Midnight Sun festival, qui projette des films 24h sur 24h, sous la lumière étrange du soleil de minuit. Servie par une bande originale percutante (notamment les Screamings Kids, durant une scène province-rock filmé au second degré) par des seconds rôles précis (André Wils, Bakary Sangaré), l’oeuvre nous garde sur le fil, et finit par nous cueillir doucement.
Il est difficile de résumer ce film qui compile gags, poésies, et mélancolies. On y trouve de belles femmes mûres hollywoodiennes mais polonaises, une équipe de tournage prise en otage, un Graal inatteignable, un joueur de scie musicale noir vampiresque dont on ignore si il existe vraiment, un flingue, Le Secret de l’Univers, des vinyls…. Le film aurait pu être sous-titré La Ballade de Willy Brouillard, à la fois ballade et balade, un voyage étarnge et dérisoire qui explose en vol et nous fait toucher du doigt l’absurde, dans ce qu’il a de plus séduisant.
Mathilde de Beaune
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