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“The Landscapers” par Ed Sinclair : entre série et cinéma d’auteur

"The Landscapers"

Arrivée depuis peu sur la plateforme de streaming MyCanal de Canal+, cette mini-série créée par Ed Sinclair est un véritable bijou cinématographique d’une profonde versatilité. Elle met en scène Olivia Colman et David Thewlis dans les rôles de Susan et Christopher Edwards, un couple ayant fait la une des journaux britanniques il y a maintenant quelques années…

Dès les premiers instants, quelques phrases nous plongent dans le caractère grave, intense et réel de la série : “En 2014, Susan et Christopher Edwards ont été reconnus coupables de meurtre. Ils ont été condamnés à la perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 25 ans.” […] “Ceci est une histoire vraie.” Filmés au départ comme un film en noir et blanc des années 60, les premiers plans brisent immédiatement le 4e mur avec des comédiens immobiles, le réalisateur qui dit “Action Rain” (afin de simuler un temps pluvieux)  avant de dire “Action !” aux comédiens et figurants. Ce qui va également nous plonger directement dans l’atmosphère voulue est le fait que nous arrivons au moment exact où le personnage d’Olivia Colman appelle un avocat depuis la prison. On y voit alors cette femme discrète et sans artifices, polie et infiniment gentille au beau milieu de la froideur des cellules de détention… énorme contraste.

L’histoire est simple : Susan et Christopher Edwards habitent en France, à Lille. Il vivent dans une très grande précarité, ayant tout juste de quoi manger et vivant dans un appartement défraîchi et quasi-vide, un appartement dans lequel ils viennent de s’installer mais qu’ils ne peuvent plus louer. De son côté, le personnage de David Thewlis, Christopher est au chômage. Il passe d’entretien en entretien mais son français est très loin d’être assez bon pour décrocher un travail ici. La seule chose qu’il a, c’est l’amour absolument inconditionnel de sa femme Susan, la seule à croire en lui…
Quant à elle, Susan passe le plus clair de son temps à s’occuper de lui, lui faire à manger, repasser ses chemises pour ses entretiens non-concluants… Les seuls choses qui font vibrer cette femme discrète sont les objets de collection en rapport aux vieux films de sa jeunesse. Passionnée par le cinéma, elle dépense la quasi-totalité des économies du couple dans les affiches et autres objets. Intérieurement, elle est une femme brisée et très fragile. Elle n’est en paix que lorsqu’elle revoit ces westerns et autres films qui rythmaient son enfance.

“The Landscapers”

Très vite, on apprend qu’il s’est passé quelque chose il y a des années de cela… Cette chose n’est pas évoquée directement par le couple mais sa gravité ne nous est pas cachée. Déjà à ce moment-là (c’est à dire très vite), le suspense nous gagne. Trop lourd de conscience et désirant d’emprunter de l’argent, le personnage de Christopher va décider de faire part de la “chose” à la femme de son père, sa belle-mère, qui va s’empresser d’avertir la police britannique.

À partir de là, le réalisateur décide enfin d’alléger en nous ce lourd suspense en dévoilant le message téléphonique de la belle-mère à la police. Et c’est là que l’on apprend qu’il lui a confié avoir enterré les deux parents de sa femme dans leur propre jardin, à Mansfield…

Il serait contreproductif de continuer ce résumé car vous l’aurez compris, le suspense est une des chose qui rend la série si intense et pertinente. Cependant il n’y a pas que l’action en elle-même qui nous galvanise et c’est bien là ce qui rend la série aussi singulière et passionnante. En effet, une multitude d’autres facteurs érigent cette série à un rang semblable à celui du cinéma d’auteur…

D’une part les plans qui, (il faut le dire) sont incroyables… leurs couleurs, leurs contrastes etc, tous participent à la grande singularité de la série. Que ce soit un mouvement de caméra, ou encore les couleurs d’un plan (dont certains en noir et blanc). Il serait très long d’énumérer toutes les choses qui font de ces plans quelque chose d’aussi exceptionnel tant elles sont nombreuses.

“The Landscapers”

La musique du compositeur Arthur Sharpe, accentue elle aussi d’avantage tout ce qui fait de cette série quelque chose d’unique et rare. Avec une parfaite osmose entre ambiance et musique.

Ce qui fait de cette série ce qu’elle est, c’est aussi sa versatilité

Entre les séquences ; émouvantes voire tristes, celles où l’on rit, celles qui sont remplies de romance et celles qui nous amènent à nous questionner sur ce qu’il se passe vraiment, en passant par celles qui sont tournées comme un western, on est toujours dans un fort mélange des genres, comprenez donc que vous serez surpris sans cesse.

Cependant, la série reste évidemment principalement quelque chose de très dramatique qui va vous émouvoir plus d’une fois, à en avoir des frissons…

“The Landscapers”

En bref, The Landscapers c’est une romance, des plans, des décors, une musique, des personnages et des acteurs tous incroyables. Une grande singularité scénaristique qui amène les questions à se télescoper dans les esprits des spectateurs. Tout ça sublimé par le jeu de deux acteurs parfaits dans leurs rôles respectifs.

Une série à regarder de toute urgence !

Charles Valmorin

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