Toute ma vie (en prison)
La totalité des recettes des séances gratuites (il y a un petit chapeau à l’entrée où l’on donne ce que l’on veut) est reversée au collectif national de soutien à Mumia Abu-Jamal. « Un homme seul dans le couloir de la mort », un homme qui se bat contre les abus du système judiciaire et carcéral américain et pour l’égalité raciale, la liberté d’expression comme le précise la biographie écrite par l’universitaire Claude Guillaumaud-Pujol.
On voit plein de bonne volonté dans cet essai du jeune réalisateur Mark Evans. Marc Evans filme William Francome. Il a 25 ans au moment du tournage et une particularité, c’est le point de départ du film : il est né le jour de l’emprisonnement de Mumia Abu-Jamal. Voilà qui explique le titre du film « My whole life in prison » traduisible par « Toute ma vie en prison » emprunté à Snoop Dog. Le temps que Francome a passé à vivre, Abu-Jamal l’a passé à attendre dans le couloir de la mort. Aujourd’hui, le premier réalise un film sur le second. C’est le plus puissant argument déployé dans ce plaidoyer contre la peine de mort aux Etats-Unis.
Une entreprise valeureuse
Pour commencer, le problème de « Toute ma vie en prison », c’est le manque d’emprise que le réalisateur porte sur son film. Les témoignages qu’il recueille sont d’alléchants documents, les interviews sont menées sinon de main de maître, du moins avec une sincérité sans traficages d’un homme qui veut connaître et dénoncer l’obscurantisme autour de l’affaire Mumia Abu-Jamal. Entreprise valeureuse à saluer.
Apprenti inspiré par les processus filmiques de Michael Moore, (mise en scène de l’investigateur, etc) il est à regretter le manque de pertinence de ses questions accompagnées d’un montage qui n’arrange rien. Cela rend l’ensemble d’une incurable homogénéité où les axes à mettre en relief (l’innocence du journaliste dans un premier temps et la farce grotesque qu’a été le procès) sont malheureusement amalgamés, mélangés, entremêlés jusqu’à ne plus savoir comment les dissocier. Marc Evans avoue ses faiblesses et utilise d’affreux dessins récapitulatifs qui ont tout de même le mérite d’apporter un éclaircissement.
Une cause légitime
La cause défendue ici est légitime et respectable, ce sont les moyens cinématographiques mis en œuvre pour la défense de la cause qui sont plus discutables. Comme c’est souvent le cas pour le cinéma militant (à l’exception de quelques films signés Chris Marker ou Joris Ivens) le film se réduit ici au seul message qu’il veut faire passer. Les plans sont laids mais on ne va pas voir le film pour la beauté de ses plans. Il y a un manque de rigueur certain sur le scénario qui aurait sans doute gagné à être raccourci à 52 minutes, mais là encore, les auteurs s’en sortent grâce à leur bonne volonté. Marc Evans tente le recours à la musique pour renforcer la dramaturgie du film mais provoque l’effet inverse. On peut aussi rester perplexe quant à la nécessité d’afficher les goûts musicaux de Francome ou d’interviewer Mos Def – qu’on aime beaucoup par ailleurs – dans la poursuite de l’enquête…
De l’artistique
Un plan noir d’une minute est chronométré façon 24 heures chrono, la série spectaculaire où Jack Bauer sauve le monde, accompagnée par la voix-off d’une terrible efficacité de Mumia Abu-Jamal qui s’en tient au seul « Imaginez-vous passer une minute dans le couloir de la mort ». Le cinéma offre une effrayante minute de silence et de recueillement. Le chrono est repris plusieurs fois dans le film, la voix de Mumia Abu-Jamal aussi pour ce qui reste comme les séquences les plus fortes du documentaire.
Voilà maintenant plus de 27 ans que Mumia est en prison… de là où il est et avec les moyens qui lui sont accordés (écriture, radio puis internet) il dénonce avec la même ferveur les inégalités, laissant son propre sort au second plan. « Toute ma vie en prison » lui rend hommage et vient chercher votre soutien.
Florent Boucheron
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Toute ma vie (en prison)
De Marc Evans
Avec Snoop Dogg, Yasiin Bey, Noam Chomsky
Durée film : 101 min.
Sortie le 23 novembre 2011
www.mumiabujamal.net
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