Vénus noire – Abdellatif Kechiche
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Son sujet : l’odyssée martyre de la « Vénus hottentote », femme sud-africaine qui fut exhibée de foires en salons et de musées en cabarets à travers l’Europe, de 1810 à 1815, avant de mourir seule, humiliée, épuisée, à Paris, là même où le moulage de son corps fut exposé (au Musée de l’homme)… jusqu’en 1974. Son ampleur : chaque séquence, éprouvante, bouleversante, va jusqu’au bout de sa logique, épuisant le malaise qui s’en dégage. Sa durée : près de trois heures, d’une rare densité. Abdellatif Kechiche n’a certes pas choisi la facilité pour son nouvel opus, mais sa Vénus noire, interrogeant aussi bien les dérives du colonialisme qu’une certaine pornographie du regard, est certainement un film important. Et dérangeant.
Voir, montrer : tel est, en effet, le diptyque obsessionnel de cette œuvre forte, qui ne cherche pas à être aimable. Juste à interroger – sans cacher sa virulence – le regard de l’Occident, hier supérieur et raciste, aujourd’hui honteux sinon coupable, à travers cette histoire réelle, emblématique. Et bien sûr, à secouer le regard – mot clé, décidément – du spectateur. Certains pourront s’en détourner, agacés par cette suspicion voyeuriste (et par la mauvaise conscience qu’elle induit). D’autres, au contraire, sauront gré au cinéaste de faire appel comme rarement à leur lucidité. Aucun, de toute façon, ne sortira de la salle sans avoir été frappé, au cœur notamment.
Visages
Car en dépit de la violence de son discours – quasiment tous les personnages sont stigmatisés, d’une façon ou d’une autre, dont le fameux naturaliste Georges Cuvier – ce long métrage échappe à la dureté monolithique du film « de combat ». Grâce en soit rendue à deux atouts, qui l’aèrent, le nuancent, le fragilisent, le bousculent, et même l’irradient. D’une part, le travail de la caméra (l’œil de Kechiche, donc), qui ne cesse de s’attarder sur les visages de ses protagonistes, multipliant les plans rapprochés et les très gros plans. Mais encore sur ceux des foules que croisent cette Vénus et ses « maîtres ».
Que ce soit dans la pénombre glauque d’un cabaret londonien, dans la lumière crue du Muséum d’histoire naturelle, ou même dans celle d’une salle d’audience, toute une gamme d’émotions est saisie, durablement, de la stupeur au rejet, de l’avidité à la gêne, de la compassion à l’obscénité. Eux c’est nous, bien sûr : la variété des réactions rend l’effet miroir assez vertigineux. C’est d’autant plus… bien vu, qu’en face se trouve le visage, impressionnant d’abandon et de résistance mêlés, de l’actrice cubaine Yahima Torres. Saartjie Baartman, la Vénus noire, c’est elle et, clairement, sans sa douceur expressive quoique souvent silencieuse, le chemin de croix de son personnage serait juste quasi-impossible à… regarder.
Ariane Allard
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1 nomination au Festival MK2 Close Up 2011 :
- Prix de la meilleure jeune actrice (Yahima Torres)
Venus noire
Scénario original Abdellatif Kechiche
Adaptation et dialogues Abdellatif Kechiche et Ghalya Lacroix
Avec : Saartjie Yahima Torrès, Hendrick Caezar Andre Jacobs, Réaux Olivier Gourmet, Jeanne Elina Löwensohn, Georges Cuvier François Marthouret, Jean-Baptiste Berré Michel Gionti, Charles Mercailler et Jean-Christophe Bouvet
Attention : film interdit aux moins de 12 ans.
Sortie le 27 octobre 2010
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