Cosi Fan Tutte – Palais Garnier
Quelle joie de réentendre ces airs magnifiquement interprétés dans ces décors qui font songer à des toiles de maîtres. On passe d’un paysage verdoyant de Poussin à une antichambre et au pont des soupirs avec un jeu subtil de la lumière. Derrière un rideau voile qui se lève, se joue le drame de la comédie humaine, du marivaudage, son analyse fine de la sensibilité, ses duperies et ses souffrances.
Le personnage de Despina incarné superbement par Anne-Catherine Gillet, véritable Dubois féminine, spirituelle mais sans vergogne, intéressée, distille le poison de l’opportunisme d’un Ronsard amoureux. Il faut cueillir la rose avant qu’elle ne se fâne. On sent poindre le mépris de sa caste pour ses maîtresses et le goût de la revanche. Ce n’est plus la Suzanne des Noces de Figaro. Elle manipule et verse dans la comédie bouffonne travestie en médecin ou notaire.
Ferrando et Guglielmo participe de cette farce. Leurs costumes d’albanais leur sied à merveille et sert leur démonstration de l’amour. C’est un amour du corps, des sens et l’image de ces hommes aux pieds de leur maîtresse, les enserrant fougueusement, ne manque pas d’humour. Saluons la très belle présence du ténor Matthiew Polenzani. Son air de l’acte II (tradito, schernito) d’une sensibilité extrême déchire le coeur quand il découvre la trahison.
En écho, Elza Van Den Heever et Karine Deshayes, drôles et généreuses, font preuve d’un repentir sincère et digne. La soprano bouleverse par l’authenticité de ses sentiments, chantés avec une extrême virtuosité tandis que la mezzo nous enchante. Celle-ci cède la première avec une telle légèreté insouciante, tellement féminine, qu’elle nous captive.
Enfin, la basse William Shimell, maître d’oeuvre de cette machinerie, porte-parole de Mozart (?), charme par sa prestance et sa superbe voix.
La direction de Philippe Jordan, dans cet opéra intimiste, est toujours juste et mesurée. L’effectif de cet orchestre de chambre d’une quarantaine de musiciens est parfois réduit : dans certains airs, où les deux cors et les deux trompettes (seuls cuivres de l’opéra) ne jouent pas, les derniers pupitres de violons restent éteints et silencieux. Le chef assure lui-même au clavecin les récitatifs.
Marie Torrès
Cosi Fan Tutte
Opera Buffa en deux actes (1790)
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Livret de Lorenzo da Ponte en langue italienne
Philippe Jordan, Direction musicale
Ezio Toffolutti, Mise en scène, décors et costumes
André Diot, Lumières
Patrick Marie Aubert, Chef du Chœur
Elza Van Den Heever, Fiordiligi
Karine Deshayes, Dorabella
Paulo Szot, Guglielmo
Matthew Polenzani, Ferrando
Anne-Catherine Gillet, Despina
William Shimell, Don Alfonso
Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris
Du 16 juin au 16 juillet 2011
Réservations : 0 892 89 90 90 (0,34€ la minute depuis un poste fixe en France) ou sur le site de l’opéra.
Tarifs : 180€, 140€ / 115€ / 70€ / 45€ / 25€ / 10€
Palais Garnier
Place de l’Opéra
M° Opéra
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