Eliogabalo, un opéra rock et baroque à Garnier
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Eliogabalo De Francesco Cavalli Mise en scène de Thomas Joly Avec Franco Fagioli, Paul Groves, Nadine Sierra, Valer Sabadus, Elin Rombo, Mariana Flores, Matthew Newlin, Emiliano Gonzales Toro et Scott Conner En alternance à 19h30 Tarifs : de 10 à 210 euros Réservation en ligne ou au 08 92 89 90 90 (0,34E la minute) Durée : 3h05 ( 2 entractes) Palais Garnier |
Le personnage central de cet opéra est un adolescent de 14 ans, Héliogabale, placé sur le trône de Rome en 218 et assassiné quatre ans après en 222. Tyrannique et efféminé, anarchique et totalitaire, il impose une débauche sexuelle et libidineuse à ceux qui le servent en conduisant de la manière la plus arbitraire les affaires de l’Etat. C’est une oeuvre baroque, un carnaval de scènes effrayantes et grotesques que nous propose le compositeur Francesco Cavalli, concurrent malheureux de Lully en France, mais qui trouva à Venise la liberté de création économique nécessaire au XVII° siècle. Il aura fallu attendre 1999 pour voir cet opéra représenté pour la première fois en Italie.
Cavalli est un mélodiste hors pair qui sculpte sa partition comme du jazz, avec une ligne de basse continue dans la lignée de Monteverdi. Les voix sont présentes, avec leur ligne de chant mais le chef-d’orchestre et claveciniste Leonardo García Alarcón a du réinventer les couleurs orchestrales avec l’ensemble qu’il a créé, l’Orchestre Capella Mediterranea, au fil d’un travail patient et méticuleux de spécialiste du baroque. Impulsant avec les chanteurs une authentique théâtralité, exigeant d’eux qu’ils s’investissent à part entière dans une incarnation directe, le chef a trouvé avec le metteur en scène Thomas Jolly une complicité dramatique basée sur la théâtralité de l’action. Dans le rôle titre de l’enfant roi, pervers et anarchique, narcissique et démoniaque, le contre-ténor Franco Fagioli, bardé de récompenses, dont la carrière est fulgurante, incarne avec une belle gourmandise et un sens avéré de la démesure sensuelle l’hybride Eliogabalo, jeune homme dont le corps adolescent se dissimule dans des robes violettes ou rouge vermillon. Aucune difficulté vocale ne retient son énergie dévorante, les aigus vrillent en roucoulant dans l’eau pailletée d’or de ses bains, sa mélancolie et son désespoir jaillissent royalement à chaque défaite amoureuse. Mariana Flores et Nadine Sierra composent des fiancées éconduites et rebelles à souhait, avec une mention particulière pour Mariana Flores dans l’expression de sa passion dramatique avec une technique et une projection parfaite.
Paul Groves prête sa belle tessiture de ténor au rôle du sage Alessandro, le futur roi, tandis que le jeune Valer Sabadus, contre-ténor et déjà star, se révèle bouleversant dans le rôle de Giuliano. La mise en scène sert les chanteurs qui font face au public, offrant leur voix comme une offrande, devant un escalier noir et géométrique mobile qui fait office de principal décor. La scénographie est toute entière ciselée par des faisceaux lumineux blancs, qui sont des projecteurs de concert rock, censés dessiner le clair obscur des secrets de palais romains ou la puissance solaire de l’empereur dans la dernière partie. Le clivage entre le noir et le blanc, même s’il condamne certaines scènes à l’obscurité, les scènes d’orgie avec les hiboux, le trio de choc Eliogabalo/Zotico et Lenia constituent de beaux moments de théâtre dont l’intensité va croissante au fur et à mesure de l’histoire. On regrettera une esthétique glacée qui contraste avec la chaleur torride des dialogues centrés sur le sexe et l’amour. Mais l’orchestre, brillantissime, raconte avec passion cette descente aux enfers du désir narrée par une musique aux accents célestes. Hélène Kuttner [ Crédit Photos (C) Agathe Poupeney/Opéra de Paris ] |
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