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Interview de G-ONE : Les premiers pas d’un compositeur et ingénieur du son dans le rap

5 juillet 2022
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Rencontre avec G-One. Jeune ingénieur du son et compositeur de musique exerçant principalement dans le rap, il nous offre ici son témoignage sur son incursion dans cette industrie complexe et très compétitive, et sur la vision qu’il a de cette dernière.

Pour commencer, peux-tu nous expliquer quels ont été tes premiers rapports à la musique ?

J’ai grandi dans une famille de musiciens. Ma mère est pianiste et maintenant professeure de piano, et mon père était chanteur d’opéra. Avec une mère qui fait du piano, j’en ai forcément fait également, pendant 12-13 ans. Puis, j’ai commencé à écouter du rap, un peu comme tout le monde. Vers la fin du collège, mon ami Ramzi a voulu s’essayer au rap, donc on a testé. Je rappais avec lui au début, mais ce n’était pas trop mon truc, alors j’ai commencé à mixer et je me suis mis à la compo. C’est là que j’ai réalisé que c’était ce que j’avais envie de faire.

Comment sont arrivés tes premiers contacts dans cette industrie ? À quel moment es-tu passé d’un passionné de musique produisant pour lui et son entourage à un artiste souhaitant en faire son métier ?

Ce n’est même pas venu de moi au départ ! Moi, j’étais dans ma chambre, je faisais mes prods et je les stockais. Puis mon pote a commencé à chercher des contacts sur Insta et il a envoyé mes prods un peu partout : DA, labels, médias. La plupart du temps, on avait des réponses mais sans forcément de retombées derrière. Il se trouve qu’à cette époque, on aimait beaucoup Maes et en se renseignant, on est tombé sur le label avec qui j’ai commencé à bosser, DCAD Music, qui est tenu par un des meilleurs amis du rappeur. Au départ, je ne réalisais pas vraiment car ce n’était pas moi qui étais en lien direct avec eux. Mais c’est quand ils ont commencé à renvoyer les sons qu’ils avaient faits sur mes prods que je me suis impliqué davantage. Puis j’ai commencé à bouger de plus en plus dans les sessions studio, à rencontrer un peu du monde et surtout j’ai commencé à bosser avec quelqu’un. Ce n’est pas du tout la même approche quand tu travailles pour toi, sans imaginer où ta musique va aller, que de répondre à des demandes pour bosser sur tel ou tel projet. Ça change complètement ta mentalité de travail.

Peux-tu nous résumer les 6 mois qui ont suivi ces premiers pas dans le monde professionnel de la musique ?

Au début c’était assez ponctuel. Ça ne m’apportait pas énormément de contacts car je ne m’y connaissais pas et je ne savais tout ce qu’il y avait à en tirer derrière. Mes 6 premiers mois peuvent être résumés par de plus en plus de sessions avec des gros artistes. Le rythme fut crescendo : dès les 3 premiers mois, j’ai eu des sessions avec Maes, Uzi, etc. Ce qui a véritablement changé la donne c’est mon travail actuel : le studio dans lequel j’ai été engagé. J’y ai enregistré les sons qu’ils faisaient sur mes prods, ils ont vu que j’avais aussi les compétences pour composer et que j’avais envie de bosser.

Par ta détermination aussi ?

Ça joue également. S’ils ont continué à bosser avec moi, c’est aussi parce qu’ils ont vu que j’étais hyper réactif et je pense que c’est quelque chose d’important quand tu fais tes premiers pas. Il faut montrer que t’as la dalle, être tout le temps dispo, prêt à bouger, etc. Il faut donner une chance à tout, la moindre étincelle peut t’amener à des trucs que tu n’avais pas imaginés. Je ne crache sur aucune opportunité.

Où en es-tu aujourd’hui ?

J’essaie de trouver le bon équilibre entre vouloir me faire une place – car je cherche à en vivre – donc me développer avec des gros artistes, et continuer à faire de la musique avec mes potes, parce que c’est comme ça que j’ai commencé. Aujourd’hui, j’ai quand même beaucoup plus de facilités : je sais à qui envoyer, la portée que je peux atteindre… Mais je garde un certain recul vis-à-vis de tout ça car ça peut te tuer quand t’es en train de faire du son.

Quel aspect de cette industrie t’a le plus surpris ?

Je me suis surtout aperçu que le monde est très petit, qu’il y a des connexions improbables qui se font. Même si le monde de la musique est vaste, dans le sens où beaucoup plus de gens se lancent aujourd’hui avec internet, les gens sont interconnectés entre eux. Ça c’est le côté positif. Pour ce qui est du négatif, t’as des vices, tu vois différentes facettes des gens, même si c’est plus à titre personnel que sur l’industrie de manière globale. J’ai été surpris par les réactions de certaines personnes.

Depuis tes débuts, quelles sont les évolutions les plus marquantes dans ta manière de travailler ?

Forcément, quand tu commences à côtoyer des artistes un peu plus cotés, tu te mets plus de pression. Il y a certains moments où la pression m’a bloqué, où je réfléchissais trop. Le fait de penser à l’artiste auquel va être envoyée la prod me fait beaucoup cogiter aujourd’hui, par rapport à l’époque où je les produisais pour moi. Maintenant, je vois beaucoup plus ça comme du travail, j’ai vraiment l’impression de bosser. Il faut toujours que j’ai cet équilibre. Si je ne fais plus de son avec mes potes, c’est sûr que je vais craquer. Puis, tu perds un peu de ta créativité. L’argent est aussi un domaine très flou pour un compositeur. C’est difficile de fixer tes prix car tu dois t’adapter à chaque situation. J’ai du mal avec les beatmakers par exemple, qui cassent complètement les prix du marché et normalisent le fait d’être sous-payé. 

Chez les artistes émergents, l’industrie de la musique est parfois critiquée. J’entends souvent que l’association entre le besoin de rentabilité et la qualité artistique fait mauvais ménage. Quel regard portes-tu là-dessus ?

Je comprends totalement. Il y a plein d’artistes qui ne sont pas dans l’industrie et qui sont très forts. Tu peux avoir une vision pessimiste de ce monde. Moi j’écoute aussi beaucoup de musique “commerciale”, donc je ne vais pas cracher dans la soupe que je mange. Je suis assez ouvert, je peux autant aimer des artistes qui ne sont pas dans l’industrie que des mecs qui sont en plein dedans. J’essaie de faire un peu les deux, de trouver ma place, je ne suis pas un mec matrixé. Je ne vais pas le prendre comme un échec si je n’arrive pas à rentrer dans l’engrenage, même si forcément t’en as envie quand tu bosses dedans.

Pour finir, souhaites-tu évoquer un sujet qui te semble important et qui n’a pas été abordé au cours de l’interview ?

Je trouve qu’il faudrait plus de reconnaissance pour les ingés. Parfois sur des clips, le mec qui a ramené le café va être crédité alors que celui qui a mixé les sons ne va pas l’être, pareil pour les compos. Pour moi, l’entourage des artistes doit s’occuper de tout ce qui touche au travail de l’artiste. Si un mec a la détermination d’organiser un clip, qui est un travail fou, je ne comprends pas pourquoi il ne note pas qui a bossé au fil des sons. Pareil pour l’ingé qui t’a envoyé le son. Je connais moins d’ingés qui prennent ça à coeur que de compositeurs mais de manière générale, je trouve que ceux qui travaillent l’enregistrement et le mixage apportent beaucoup aux morceaux, et ça manque de lumière tout ça !

 

Retrouvez l’actualité de G-One sur son compte Instagram.

Propos recueillis par Briac MONTET

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