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Irène Drésel : « J’ai une musique assez cinématographique »

Laura Gervois 12 juillet 2019
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Irène Drésel / © Sacha Vatkovic

Le samedi 22 juin dernier, la productrice de techno Irène Drésel donnait un showcase exceptionnel sur le Rooftop du Champs-Élysées Film Festival 2019. Son premier album, Hyper Cristal, sorti en avril dernier, nous avait déjà séduits. Ce concert a donc suffi à nous en convaincre un peu plus : que ce soit en version live ou studio, sa musique, aussi sensuelle que colorée, bouleverse. Et même plus : elle hypnotise. Juste avant son passage sur scène, nous avons rencontré la reine de la « Techno Romanesque ».

Revenons sur ton parcours. Comment est-ce que tu as fait pour passer des Beaux-Arts à la musique ? 

Ça a été progressif en fait. […] Je crois que c’est un truc que j’avais vraiment à cœur de faire, mais c’est venu lors d’une exposition où j’ai eu besoin d’avoir une bande-son pour une vidéo. J’ai demandé à un ami qui faisait du son […] et après je me suis dit : « mais je pourrais peut-être le faire moi-même ». Et donc, ça s’est fait comme ça. Un ami d’une amie m’a montré un soir comment fonctionnait Garage Band, le logiciel de musique. Et puis, ensuite, ça ne m’a plus lâché […]. 

Est-ce que tu peux m’en dire plus sur ton processus de création et tes inspirations, notamment par rapport à ta vie à la campagne ? 

 Ça me permet […] d’être dégagée de tout. Parce qu’avant, j’habitais Paris et je trouvais qu’on était vachement sollicité. Et c’est difficile de refuser les invitations […] ! C’est comme une échappatoire ; ça m’aide à être concentrée. Il n’y a pas l’inspiration qui me tombe sur la tête. Non, je me mets au travail. C’est du travail, comme tout.

Tu composes donc seule, mais Gilles (connu sous le nom de scène Sizo Del Givry) t’accompagne aux percussions. En quoi est-il un pilier de ta musique ? 

Il a une très bonne oreille rythmique, lui. Moi […], je suis très mélodique. Mon truc, c’est les mélodies, tout ce qui prend aux tripes. Lui, son truc c’est les percus … c’est pour ça qu’il fait des percus. Donc, quand je finis un morceau, il va m’aider […]. Il me conseille. Et puis, en live, quand j’ai fini le morceau, il rajoute des percus à lui par-dessus, ce qui vient étoffer, rythmer, […].

Au début de ta carrière, tu ne voulais pas te produire en live. Comment est-ce que tu t’adaptes du studio au live à présent ? 

Ça a été très difficile. Ça a été un long cheminement […]. Mes morceaux live ne sonnent pas pareil […]. Enfin, ce ne sont pas tout à fait les mêmes que ce qu’on écoute sur le disque. […] Ce n’est pas du tout la même méthode de travail. Là, on est sur des colonnes, alors qu’en studio, je suis sur des lignes. Je travaille à l’horizontal en fait. Je travaille de gauche à droite quand je compose un morceau. Alors que quand tu es en live … c’est difficile à expliquer pour quelqu’un qui ne fait pas du son […]. Quand tu arrives en live, il faut être beaucoup plus efficace, avec beaucoup moins de pistes. Donc, je nettoie, je libère et je garde l’essentiel. Je re-mélange avec les autres morceaux. C’est la technique que j’ai trouvée […]. 

Irène Drésel / © Morgan Roudaut    

Comment es-tu arrivée à ce style appelé « Techno Florale » ? 

C’était dès le début que je voulais faire de la techno, en fait. Donc, florale … Je n’aime pas trop ce terme, mais tout le monde le dit. Romanesque ?! Pourquoi les fleurs ? Ça a été lors du premier concert au Silencio. J’ai eu envie de décorer un peu la scène. On a fait appel à une artiste florale […]. Comme il y a beaucoup de fleurs chez moi, je trouvais que c’était beau et c’est resté […]. Je ne me rendais vraiment pas compte que ça allait devenir une identité […]. Les roses, il y a un côté cérémonial et il y a aussi cette ambivalence. La rose est à la fois belle, mais elle a des épines. Elle peut faire mal. C’est toute cette contradiction. Les gens, quand ils me voient installer mes fleurs, ils se disent « oh ça va être une petite musique douce ». Je ne sais pas, j’aime bien, ça surprend […].    

Tu as fait la couverture de Tsugi Magazine en avril dernier, aux côtés de The Hacker, Kiddy Smile, Laurent Garnier et La Fraîcheur. Aujourd’hui, tu te retrouves sur la programmation musicale du Champs-Élysées Film Festival. Où est-ce que tu situes ta musique entre les différents styles de techno et l’électro-pop ? 

Je pense que je suis l’affiche techno des soirées pop. On joue beaucoup sur les festivals où, effectivement, […] à 20h, il y a du rock, de la chanson […], puis ça finit en techno. Je pense que les gens qui écoutent de la pop, à un certain moment de la nuit, sont contents d’entendre un peu de techno aussi. C’est vrai que de m’enfermer dans une image trop dark, trop underground, ça ne me ressemble pas trop. Donc, je suis contente d’avoir un public un peu plus large […].     

La techno est un milieu assez masculin. Est-ce que tu as eu du mal à faire tes preuves parce que tu es une femme ? 

Non, pas du tout. Je pense que c’est le cas des filles qui mixent […]. Je pense que, dans ce cadre-là, c’est peut-être un peu plus difficile […]. Mais, moi, je ne suis pas DJ. C’est comme un concert, en fait. Donc, le fait que je sois une fille ne gêne pas beaucoup. […] En tout cas, je n’ai jamais eu de remarque désobligeante ou de regard étrange. Donc, le mouvement #MeToo ne me concerne pas … ce qui est une bonne chose ! 

Ton premier album  Hyper Cristal  est sorti en avril dernier. Comment fais-tu pour cultiver la différence dans chacun de tes titres ? 

 Je n’ai pas un dossier avec mes petits sons habituels et je n’ai pas un synthé que j’utilise tout le temps. Donc, comme j’utilise des VST [ndlr : Virtual Studio Technology, le plug-in audio standard utilisé en musique assistée par ordinateur] qui changent tout le temps […], je repars toujours d’une feuille blanche pour un nouveau morceau, ce qui fait la différence entre tous les morceaux […]. C’est pour ça qu’ils sont tous un peu uniques, mais je trouve qu’ils s’enchaînent bien quand même. Enfin, j’ai essayé de faire en sorte qu’ils s’enchaînent de manière élégante, que ce soit fluide au niveau des harmonies. 

Irène Drésel / © Sacha Vatkovic

En effet, les morceaux s’enchaînent de manière très fluide. Pourtant, on voyage constamment d’un décor à l’autre ; d’une émotion à l’autre. 

Tout le temps, oui. J’aime bien ça. Je me lasse assez vite. J’aime bien les couleurs, j’aime bien pleurer, rire, … tout ! Je trouve ça terrible, les albums sur un ton. Si c’est trop gai, ou trop intense tout le temps, ou mélancolique du début à la fin, alors pour moi, c’est un peu indigeste.  

Qu’est-ce que ça fait d’avoir intégré la programmation musicale du Champs-Élysées Film Festival, festival de cinéma indépendant français et américain ? 

Je ne sais pas. Je suis contente d’avoir été choisie pour jouer. Après, j’ai toujours la crainte que le public ne soit pas réceptif à ça […]. J’ai une musique assez cinématographique […]. Elle est assez dansante, mais […] il y a plein de morceaux qui pourraient aller sur des films, dans un certain sens […]. 

 Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite de ta carrière ? 

L’international ! Oui, j’aimerais bien. La Belgique […]. On est juste à côté de la Belgique et je n’y ai toujours pas joué. Surtout qu’ils sont fans de techno […] ! Ça viendra !
 

Propos recueillis par Laura Gervois.

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