La Fille de neige embrase la Bastille
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La Fille de neige De Rimski-Korsakov Mise en scène et décors de Dmitri Tcherniakov Avec Aida Garifullina, Yuriy Mynenko, Martina Serafin, Maxim Paster, Thomas Johannes Mayer, Elena Manistina, Vladimir Ognovenko, Vasily Gorshkov, Carole Wilson, Vasily Efimov A 19H Tarifs : de 5 à 195 euros Réservation en ligne ou par tél. au 08 92 89 90 90 Durée : 3h35 Opéra Bastille |
Superbe entrée au répertoire de l’Opéra de Paris avec cet opéra du Russe Rimski-Korsakov (1882) monté avec une inspiration poétique et humoristique par le metteur en scène et scénographe Dmitri Tcherniakov. Dans le rôle titre, la jeune soprano Aida Garifullina est exceptionnelle d’émotion et de pureté musicale. Un conte très russe, qui nous fait tous monter au ciel. C’est une histoire qui se déroule dans des temps très anciens, à une époque où les divinités étaient les saisons, et où le soleil et le gel rythmaient la vie foisonnante des campagnes slaves. Snegourotchka, « Fleur de neige » est un enfant timide, beauté blonde élevée entre le Père Gel (Vladimir Ognovenko) et la Dame Printemps (Elena Manistina). Pour s’émanciper, ses parents l’envoient au royaume des Bérendeï, une communauté villageoise dont le doux berger Lev séduit la jeune fille de sa voix flutée, et où règnent le Tsar et l’Esprit des Bois, chargés d’accueillir le dieu soleil Yarilo, quand il viendra réchauffer le coeur glacé de l’héroïne pour lui permettre d’aimer. Pour ce conte printanier écrit en 1873 par le dramaturge Alexandre Ostrovski, et pour lequel on avait d’abord fait appel pour la musique à Tchaikovski, Dmitri Tcherniakov imagine un plateau brumeux mais clair, planté d’arbres hauts et majestueux comme des bouleaux, investi d’une nature luxuriante. Caravanes, isbas, poupées de paille et clowns en bois composent une bigarrure de couleurs vives et gaies, autour de laquelle grouille cette petite communauté. Des beatniks, cheveux longs et tuniques brodées, des jeunes filles en robes chamarrées, forment le conseil des villageois dans une atmosphère new âge, aux moeurs libres. Au milieu d’eux, Aida Garifullina, blonde, frêle, presque évanescente, impose une personnalité d’une force dramatique inouïe, voix d’une clarté cristalline, ligne de chant précise et lumineuse. Une fille de neige rêvée, dont le corps aussi souple que la voix va s’effondrer dès la venue de l’été. La partition musicale se déploie comme un fleuve imagé de trois heures, au fil de longues pauses expressives des personnages qui possèdent chacun une sonorité propre, harpe, piano… et un leitmotiv. D’où un effet de boucle, de vague qui absorbe et exhume les affects. Les choeurs, ici, omniprésents, ont une importance capitale, et ceux de l’Opéra de Paris sont remarquables. Alors que le jeune chef Mikhail Tatarnikov conduit l’orchestre, le contre ténor Yuriy Mynenko nous réjouit par son badinage de travesti inconstant et sa voix d’or, Martina Serafin campe une Koupava blessée d’orgueil et de trahison, magnifique cantatrice et comédienne, le Mizguir de Thomas Johannes Mayer est aux petits oignons : tempétueux, autoritaire et fou d’amour. Car le spectacle, comme de nombreux opéras, ne parle que d’une seule chose : l’amour. A travers tous les personnages, chez le Tsar, incarné avec humour et bonhommie par Maxim Paster, c’est l’amour que l’on poursuit, et qui trahit. Cet amour, que Snegourotchka a tellement de mal à réchauffer pour l’offrir en partage. Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Elisa Haberer ] |
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