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Les métiers du live musical – Rencontre avec Amaury Belair, booker chez L Productions

19 septembre 2022
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Comment Booba ou Mylène Farmer peuvent-ils se produire sur la scène du Stade de France devant 80 000 personnes ? Grâce à qui L’Impératrice ont-ils pu tourner aux quatre coins du monde avec leur dernier album ? Quels sont les métiers et les personnes qui permettent de tenir une tournée de plus de 60 dates pendant parfois 2 ou 3 ans ? Nous ouvrons aujourd’hui une série d’interviews centrée sur le monde des concerts et des tournées, pour mettre la lumière sur des métiers un peu moins connus, mais tout aussi vitaux, afin de maintenir l’équilibre d’un show réussi.
Pour inaugurer cette série, voici un extrait de ma rencontre avec Amaury Belair. Amaury exerce le métier de booker au sein de L Productions, une boîte de production de spectacles travaillant notamment avec -M-, Florent Pagny ou encore Stéphane.

Bonjour Amaury ! Peux-tu te présenter et nous raconter tes premiers rapports avec la musique ?

Je suis Amaury Belair, j’ai 32 ans et je viens de Bordeaux. Mes premiers rapports avec la musique remontent à quand j’étais enfant. À l’âge de 6-7 ans, j’ai commencé à faire de l’alto au conservatoire. J’en ai fait pendant 6 ans, à l’orchestre également, ce qui m’a permis d’apprendre la musique en profondeur. Ensuite j’ai monté un premier groupe, puis un deuxième. Mes rapports avec la musique sont d’abord passés par la pratique et surtout par l’écoute, j’ai énormément diggé.

Comment es-tu arrivé à devenir booker ?

Déjà, j’ai joué dans plusieurs groupes où j’ai toujours été plus ou moins le booker. C’était moi qui allais chercher les dates. Même sur scène, je regardais mes pieds ou ce qui se passait sur le côté de la scène, mais rarement le public. Puis à un moment, j’ai eu un déclic :  ma place était sur le côté de scène, sur la partie organisationnelle. J’ai alors voulu essayer et aider mes potes musiciens. J’ai commencé à envoyer mon CV un peu partout. Je suis allé devant le Trianon pendant le MaMA, où je distribuais mon CV en faisant croire que c’était des flyers pour un concert. Après plusieurs entretiens avortés, j’ai eu la chance de rencontrer Fabienne Roux, qui gère Far Prod. Elle m’a fait confiance et m’a donné les clés du camion. En 2012-2013, j’ai donc commencé en tant que booker chez Far Prod. Cette expérience m’a véritablement permis de me positionner en tant que booker, de me faire connaître et d’avoir un vrai réseau de programmateurs.

Peux-tu nous expliquer clairement en quoi consiste ton métier ?

Le métier de booker a plusieurs aspects. Le premier, c’est de monter les tournées pour les artistes. Quand tu arrives chez un producteur de spectacles, on te présente les artistes du roster et on te donne des objectifs. Par la suite, tu te les fixes toi-même. Tu dois donc t’occuper des artistes et leur trouver des dates. On peut dire que c’est plutôt un métier commercial à la base : monter une stratégie en lien avec tes équipes, le label, les RP et les artistes, pour coller à une actualité, se mettre un cadre et monter la tournée. Ensuite, tu es en lien avec tous les programmateurs de salles, de festivals. Ma plus-value c’est que je suis musicien au départ et que je baigne encore là-dedans. Par conséquent, je peux aussi apporter un œil et un conseil artistique. La partie vente est présente pour tous les bookers et certains vont aussi sur le chemin de l’artistique. Cela passe par des conseils et un suivi sur les périodes de résidence pour monter le set, donner son avis sur les sonorités, la setlist, la présentation du show… Mais l’aspect artistique consiste également à signer de nouveaux talents. Ce dernier point est quelque chose que j’ai toujours voulu mettre en avant, c’est ce que j’aime.
Le travail de booker demande beaucoup de rigueur, d’organisation, ainsi qu’une forte connaissance du réseau. Il faut également se créer son propre réseau car rien ne vaut la relation humaine que tu noues avec les gens, en essayant de se déplacer un maximum sur les dates pour les rencontrer. Je prends ce métier sous le spectre de l’humain, malgré le fait que cela soit devenu un gros business. De plus, tu as un rôle central en tant que booker car le live est l’une des premières sources de rémunération d’un artiste. Tu vas donc être beaucoup regardé. Mais l’aspect humain reste primordial. Sans ça, ce serait compliqué et j’y trouverais moins de sens.




As-tu quelque chose à ajouter, un sujet qu’il te semble important d’aborder ?

Ce qui est en train de changer, dans le bon sens du terme, c’est la révolution sociétale que nous vivons. Que ce soit pour les femmes, l’environnement, l’emploi des minorités par exemple. Aujourd’hui, la musique a une place très importante dans la vie de beaucoup de gens, les artistes sont devenus des modèles et peuvent parler au plus grand nombre via leur communauté. Il y a un devoir d’exemplarité à respecter, sans en faire l’étendard d’une proposition artistique, en trouvant un juste milieu pour parler de certains sujets. Il faut, même si c’est déjà le cas, que l’industrie de la musique prenne vraiment le pas sur cette révolution qui est en marche. Le but aujourd’hui est que les producteurs et les artistes enclenchent main dans la main ces transitions pour que cela devienne la norme.

Merci d’avoir suivi cette interview. Cette dernière est aussi disponible en version longue. Si vous souhaitez en savoir plus sur le métier de booker, envoyez-moi un message sur mon compte Instagram @briacsrdh.

Suivez toute l’actualité des artistes de L Productions sur leur site Internet.

Propos recueillis par Briac Montet

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