0 Shares 701 Views

Maeva : “Je chante mon histoire comme dans un journal intime”

Elena Moret 10 novembre 2020
701 Vues

Photo : littletumtitu

Rencontre avec Maeva, auteure-compositrice-interprète franco-britannique de 25 ans. Basée à Londres depuis maintenant plus de 2 ans, elle vient tout juste de sortir son premier EP Warrior.

 Peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai commencé la musique à l’âge de 4 ans, à Genève. J’ai choisi le violon d’abord, puis plus tard, j’ai suivi des cours “chanter en s’accompagnant” à l’Institut Jaques-Dalcroze, je vous le promets, ça s’appelle vraiment comme ça ! (Rires)
Le cours consistait, comme son nom l’indique, à jouer au piano pour s’accompagner en chantant. À ce moment-là, je n’avais jamais vraiment pris de cours de chant, mais j’adorais déjà chanter. Ma mère dit souvent que j’ai commencé à chanter dès que j’ai commencé à parler ! En parallèle, je commençais à écrire et composer des chansons en français, que je chantais au Lycée pendant les pauses déjeuner sur un piano qu’on avait à disposition. Les gens venaient m’écouter, avaient du plaisir et moi aussi. Un jour, le prof à Jaques-Dalcroze nous a fait partir d’un poème pour réaliser une chanson, et ça a été un déclic pour moi. Pendant mes études à la Haute école de Musique je me suis produite avec un ami guitariste dans différents cafés, fêtes de village… nous faisions des covers et cela a duré jusqu’à que cet ami parte vivre ailleurs.

Mon parcours a pris une toute nouvelle tournure en 2017, année qui a été particulièrement difficile, j’ai perdu beaucoup de personnes qui m’étaient chères. Dans cette période difficile j’ai eu un déclic ; je suis retombée sur un brouillon d’un début de chanson en anglais. Je m’étais arrêtée en cours parce que je ne la trouvais pas terrible, je n’avais plus d’inspiration. Finalement je l’ai terminée et c’était la première fois que j’avais envie d’enregistrer quelque chose, de le partager. Cette chanson c’est On your Own.

Qu’est-ce qui t’as influencé à passer du français à l’anglais pour tes textes ?

Ma mère est anglaise. J’ai donc toujours regardé les films en VO et beaucoup de mes influences musicales sont en anglais (Beyoncé, Amy Winehouse, Adèle et Jennifer Lopez notamment). J’ai associé l’anglais à cette façon de communiquer rythmée, belle et directe. Chanter en anglais, c’est pour moi une manière de dire les choses plus directement, sans devoir travailler les mots comme j’ai la sensation qu’il “faut” le faire en français pour que le résultat soit bon. Beaucoup d’artistes que j’admire ont cette capacité de jouer avec les mots, les rendre beaux, intéressants (Pomme, Jaques Brel, Nekfeu). Quand on écoute Amy Winehouse, on a presque la sensation qu’elle nous parle directement. L’Anglais a cette force en musique. Ce choix est aussi marqué par mon amour de la comédie musicale.

Quel est ton lien avec le monde de la comédie musicale ?

J’ai découvert la comédie musicale à l’âge de 15 ans lors d’un voyage chez ma famille à Londres. Je suis tombée amoureuse de cette pratique, pour moi c’était incroyable de voir la danse, le théâtre et le chant réunis sur scène. Aujourd’hui je suis diplômée de l’ICMT (International College of Musical Theatre) à Londres et je vis ici. Grâce à cette école j’ai pu prendre des cours de chant, travailler ma voix, la développer afin de pouvoir faire de véritables choix, d’avoir une palette que je peux utiliser comme j’en ai envie.

 Comment décrirais-tu ton univers musical ?

Toutes mes chansons parlent de quelque chose de réel, je ne suis pas un auteur qui peut écrire pour parler des autres. Brel il va raconter une histoire, j’admire ça, il peut parler de lui comme de l’histoire d’un marchand. Je n’en suis pas encore là, je ne sais pas si j’y serai ou si j’en aurai envie un jour. Toutes mes chansons c’est ma vie, mon journal intime. Je n’ai donc pas le besoin ou l’envie de sortir une nouvelle chanson toutes les semaines. Je n’ai pas envie de sortir quelque chose qui n’est pas sincère. Je préfère attendre qu’il y ait une réelle émotion, quelque chose à dire. Je ne vois pas le principe de chanter pour chanter, pour faire des ventes, être célèbre. Le but est qu’on écoute mon histoire, qu’on se dise “moi aussi je comprends”.

Comment est né l’EP Warrior ?

L’EP est parti de l’Intro, simple production constituée de beats et d’improvisations vocales que j’ai co-produit avec LEX et Moh Ciss. Nous étions au studio un soir, ils ont branché le clavier et m’ont demandé si je voulais essayer de poser de la voix dessus. Quelque chose était né ! Cet extrait s’est développé quelques mois plus tard et Warrior est né.

Platform 2 est né de ma vie à Londres, ici, loin de ma famille, mes proches, mon ex, dont j’avais dû me séparer car nos rêves nous emmenaient dans des directions trop éloignées.

Deep Water est parti d’une très grosse déception amicale et d’un univers plus sombre, mêlé de up and down… Dans mon école, je me suis retrouvée seule et isolée suite à cette déception amicale. Les midis, pour ne pas être gênée de manger seule à la cafétéria, j’allais manger au bord du canal proche de l’école. Dans les jours les plus sombres, j’avais envie de sauter dedans. Mais une fois je me suis demandée, et si le canal n’est pas si profond ? Faudra que j’assume de retourner en cours trempée ! (Rires)

Je parle de dépression dans ma musique car c’est un sujet qui met les gens mal à l’aise et qui fait qu’on n’ose pas en parler. En musique, c’est plus courant. (Billie Eilish, Lorde) Et là, quand tu en parles, tout le monde écoute.

Quels sont tes futurs projets ?

Je m’intéresse de plus en plus à la production (beat making ndlr), j’aimerais produire moi-même, les femmes sont trop rares dans cette industrie encore ! (Seulement 2% dans la production/beats making). Un de mes projets est de faire des versions acoustiques de mes chansons, mais ce projet est ralenti par la pandémie : les personnes avec qui je travaille sur ce projet (Théo Kummer à la guitare bass et édition, Luvango, stroz et Iamheaven pour la production et beat making) sont en Suisse et nous ne pouvons donc pas beaucoup avancer le projet pour l’instant. Mais j’ai hâte ! Ce sera la première fois que je m’accompagnerai au piano sur mes chansons ! Aussi, j’ai trois singles qui vont sortir prochainement.

Plus d’informations sur Maeva ici 

Propos recueillis par Elena Moret

Articles liés

Les Swinging Poules au Théâtre de l’Archipel
Agenda
175 vues

Les Swinging Poules au Théâtre de l’Archipel

Les Swinging Poules revisitent les chansons populaires avec humour et un grain de folie ! Accompagnées de leur pianiste aux doigts d’or, elles font swinguer des chansons des années 50 et 60, mais aussi quelques tubes plus récents, et...

La chanteuse belge Heeka nous dévoile son premier EP : “Black Dust”
Agenda
133 vues

La chanteuse belge Heeka nous dévoile son premier EP : “Black Dust”

Ce vendredi 27 novembre, l’ancienne voltigeuse Heeka nous dévoile son premier EP Black Dust en version numérique, sur le label Koala Records, ainsi qu’en version physique, en distribution indépendante. L’univers d’Heeka oscille entre une folk très intimiste et un...

“Tous à table”, le nouveau titre de Leys
Agenda
150 vues

“Tous à table”, le nouveau titre de Leys

Après avoir obtenu le prix du jury des Inouïs du Printemps de Bourges 2020, la rappeuse aux 1001 freestyles dévoile son nouveau son “Tous à table” en attendant de livrer son premier EP. Maîtrisant flow et textes avec un...