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Portrait du collectif artistique Magenta, d’une famille et d’une musique

© Gabriel Boyer

Impossible de vous présenter ce collectif d’artistes en jouant au jeu des 7 familles puisque dans la famille Magenta, les rôles sont partagés ! Elle se retrouve autour d’un projet commun : la musique. Le dernier album en date, Monogramme, est sorti en 2021. Le mystère autour de cette famille s’épaissit : nous ne pourrons pas vous la décrire physiquement, elle se produit à visages masqués.

Magenta en différentes temporalités

Flashback entre 2010 et 2015. Un groupe faisait alors vibrer nos cœurs et nos corps : FAUVE ≠. Une famille déjà composée à l’époque d’artistes de différents univers : musique, vidéo, photo… Et une musique qui détonnait dans nos oreilles et nous transperçait le cœur. Plusieurs albums réalisés dont Vieux frères, qui avait rencontré un succès fou. Puis s’en est suivie une série de concerts avant que le collectif annonce sa dernière date un samedi soir, le 26 septembre 2015, au Bataclan.

Mais pas de temps à perdre pour le collectif ! Le surlendemain, soit le lundi matin, ils étaient de retour en studio afin de travailler sur de nouveaux projets. Un travail inspiré par la French touch, l’électro – la musique de leur adolescence – très éloignée de leur registre initial. Plusieurs années de travail, de doute, d’apprentissage et de remise en question s’en sont suivies.

Bond dans le temps. Nous sommes un mercredi, le 23 octobre 2019 plus précisément, et le soleil perce à travers les nuages de Paris. La sortie musicale du jour : le titre Assez ?, de Magenta. Une intro électro, début de mouvements de tête… puis une voix ! Des paroles qui nous vont droit au cœur et enfin, une boucle musicale sur laquelle nos corps peuvent se déchaîner. On ajoute tout de suite ce titre à notre playlist, qui signe le début d’une nouvelle aventure : celle de Magenta.

Pourquoi une telle transition ?

Pour comprendre cette transition, il faut bien saisir que le cœur de l’histoire, le cœur de cette famille, ce n’est pas la musique mais une amitié. Un collectif qui avait besoin de remettre du piquant dans sa vie, un peu à la façon d’un couple essayant de se sortir d’une routine lassante. Une envie de changement, de se mettre en danger !

“Quand on a arrêté l’activité de Fauve, on ne s’est pas demandé ce qui était le mieux pour notre carrière, pour la musique ou pour le succès ; mais ce qui était mieux pour nous, en tant qu’humains et en tant que groupe.”

Alors que nous étions encore occupés à écouter l’album de Fauve Vieux Frères, le collectif lui n’a pris aucune pause. Le projet Magenta s’est inscrit dans une forme de continuité. Ce qui a pris du temps au collectif fut de produire de la musique dont ils étaient vraiment contents. Tout un apprentissage s’en est suivi, un réapprentissage de la musique, électronique cette fois-ci. 

Mais alors qu’est-ce qui change et qu’est-ce qui ne change pas ?  

Une passion qui ne change pas ! Dans la musique de Fauve comme dans celle de Magenta, nous décelons un côté obstiné. Une réelle passion habite le collectif ; une passion qui nous touche, nous fait pleurer et danser.

“Ce qui ne bouge pas c’est le côté thérapeutique, obsessionnel et control freak.”

Ce qui a changé, c’est la matière. Auparavant, tout partait d’un texte autour duquel Fauve déposait un écrin de mélodies acoustiques. Aujourd’hui, le processus s’est inversé : tout part désormais du son.

Magenta en trois adjectifs

Passionnés. La passion reste le maître-mot de ce projet ! Une famille, un processus créatif, une évolution, une œuvre, le projet d’une musique “qui danse et qui pense” : ce sont toutes ces choses qui font Magenta. Leur ressenti suite à leur toute première scène en tant que Magenta illustre d’ailleurs parfaitement cette passion. “Un immense bonheur !”, voilà leurs premiers mots.

“Le fait d’avoir enfin un retour sur notre travail nous a fait un bien fou.
On s’est sentis bons, à notre place, en phase.”

Soucieux. Cela ne vous aura pas échappé ! Les musiques de ce collectif évoquent des sujets qui touchent le plus grand nombre, comme le titre Fatigué, écrit au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty.

Violents. Comme un constat de l’état du monde, la musique de Magenta, enrobée de beats entraînants et dansants, est violente. Pour le collectif, elle l’est encore plus que celle de Fauve. Selon eux, il n’y a aujourd’hui pas de point lumineux, de lueur d’espoir, comme exprimés chez Fauve. “Cela peut paraître très radical mais c’est ainsi que l’on s’exprime” affirme le collectif.

Pourquoi “collectif” et non pas “groupe” ?

Première raison tout à fait factuelle : il n’y a pas que des musiciens dans ce collectif. Nous y retrouvons aussi des graphistes, des vidéastes, des photographes … Globalement, tout ce qui se rapporte aux travaux artistiques ! La seconde raison est qu’il n’y a aucune hiérarchie dans cette famille. Il faut que tout le monde soit d’accord avec les projets proposés, au risque que cela ne se fasse pas le cas échéant. L’unanimité est donc primordiale au sein du collectif. Le fait que personne n’ait de “poste fixe” et de choses à valider individuellement mais que tout se fasse en commun peut parfois être source de tension, mais cela rend l’œuvre finale totalement collective.

Une journée avec Magenta, ça donne quoi ?  

C’est simple, il n’y a pas de journée type ! Le collectif passe par exemple d’une journée montage à une journée composition en l’espace d’une nuit. Cependant, une chose demeure au quotidien : l’effusion de matière artistique dans le studio. Dans leur atelier, on peut trouver des travaux d’images, de graphismes… avec toujours un son qui tourne en fond et une cafetière en marche. Puis le soir, il n’y a plus personne. Le collectif finit sa journée dans des petits bars, à “traîner et voir ce qu’il se passe”.

Propos recueillis par Céleste Gentilhomme

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