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Samson et Dalila, drame passionnel aux allures de soap à l’Opéra

10 octobre 2016
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Vincent Pontet Opera national de Paris-Repetition-Samson-et-Dalila---septembre-2016---Vincent-Pontet---OnP--4--800

Samson et Dalila

De Camille Saint-Saëns

Mise en scène de Damiano Michieletto

Avec Anita Rachvelishvili, Aleksandrs Antonenko, Egils Silins, Nicolas Testé, Nicolas Cavallier, John Bernard, Luca Sannaï et Jian-Hong Zhao

En alternance à 19h30, 14h30 ou 20h30

Tarifs : de 5 à 210 €

Réservation en ligne
ou au 08 92 89 90 90

Durée : 2h50 avec deux entractes

Opéra Bastille
Place de la Bastille
75012 Paris

M° Bastille
(lignes 1, 5 et 8)

www.operadeparis.fr

Vincent Pontet   Opera national de Paris-Repetition-Samson-et-Dalila---septembre-2016---Vincent-Pontet---OnP--4--800 copieSigne d’une certaine nostalgie pour un répertoire injustement oublié, l’opéra biblique de Camille Saint-Saëns fait un flamboyant retour sous la baguette très inspirée du chef Philippe Jordan. Portée par des chœurs et des chanteurs remarquables, dont la magnifique Anita Rachvelishvili, cette production est mise en scène par Damiano Michieletto, dont on avait adoré Le Barbier de Séville, mais qui ici manque sans doute de grâce.

Vincent Pontet   Opera national de Paris-2016092802-059VP-800 copieUne partition musicale brillante

Avec Carmen et Faust, cet opéra est l’un des plus populaires du répertoire français. Depuis vingt-cinq ans maintenant, il avait pourtant disparu du répertoire de l’Opéra de Paris jusqu’à ce que Philippe Jordan, son chef attitré, le fasse revivre en pleine lumière. Et cela vaut le coup ! Dès l’ouverture, la richesse impressionniste de la partition, colorée comme une mosaïque de tonalités, un flux d’harmoniques pulsées comme les flots d’une mer agitée, emprunte ses références à Richard Wagner, à Gounod ou Massenet, créant des contrastes et des surprises pour mieux peindre les sentiments des personnages en présence. Avec notamment le duo amoureux très célèbre au deuxième acte, “Mon cœur s’ouvre à ta voix”, qui fait culminer une vibrante passion sensuelle.

Vincent Pontet   Opera national de Paris-Repetition-Samson-et-Dalila---septembre-2016---Vincent-Pontet---OnP--7--800 copieUn traitement très contemporain

Débarrassant l’œuvre (1877) de ses oripeaux orientalistes, époque des voyages en Orient et des parfums et des couleurs cuivrés – Delacroix, Baudelaire –, le metteur en scène Damiano Michieletto place l’action du soulèvement des Hébreux contre les Philistins dans un décor gris béton, une espèce de sous-sol glauque où les esclaves juifs, en habits sombres déchirés, sont maltraités par des hommes en chemises blanches armés de Kalachnikov, gardes philistins brutaux et violeurs, puisque l’on n’échappera pas aux scènes de filles dénudées et de violence policière moderne. L’image n’est pas originale, mais les chœurs de l’Opéra de Paris, conduits par José-Luis Basso, sont remarquables. 

Vincent Pontet   Opera national de Paris-Repetition-Samson-et-Dalila---septembre-2016---Vincent-Pontet---OnP--9--800-2 copie copieUne chambre érotique en suspension

Au deuxième acte apparaît la chambre de Dalila, boîte rectangulaire en suspension, antre de la malédiction d’une femme vengeresse à la beauté fatale, chargée par les Philistins de percer le secret de la force magique de Samson. Réputée sorcière biblique, au désir vénéneux et terrible, l’héroïne apparaît ici partagée entre son désir de vengeance et son désir d’amour dans une posture plus romantique que l’image qui en est donnée par l’Ancien Testament. Du coup, Samson, maillot de corps d’un anti-héros contemporain et désabusé, héros populaire malgré lui, cède à la sensualité des corps par un don surprenant de lui-même, en se coupant une mèche de cheveux. 

Vincent Pontet   Opera national de Paris-Repetition-Samson-et-Dalila---septembre-2016---Vincent-Pontet---OnP--10--800Artistes remarquables

Aleksandrs Antonenko prête sa corpulence et sa belle voix de ténor au personnage de Samson et s’il paraît contraint durant un premier acte qui ne brille pas par son intérêt, il se métamorphose peu à peu en victime de forces contradictoires en projetant plus ouvertement sa voix et en jouant davantage sur les nuances jusqu’au duo d’amour de l’Acte II. Mais la reine de la soirée, c’est Anita Rachvelishvili, ténébreuse, sensuelle et royale dans ses aigus comme dans des médiums doux comme de la soie, capable de moduler sur des contrastes son timbre puissant avec une diction parfaite. Une grande cantatrice. Dans le rôle du prêtre Dagon, Egils Silins se révèle autoritaire et glacial à souhait, techniquement et théâtralement irréprochable. Nicolas Cavalier et Nicolas Testé complètent cette belle distribution pour célébrer le retour de Samson et Dalila à Paris. 

Hélène Kuttner

[Photos © Vincent Pontet-ONP]

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