Sémélé – Théâtre des Champs-Elysées
Caractéristique de l’oratorio anglais, Sémélé de Haendel n’en est pas moins un grand opéra composé à Londres en 1743 dont le livret est tiré d’un épisode des Métamorphoses d’Ovide. Sémélé est forcée d’épouser le jeune Athamas, mais implore le jour de ses noces le dieu Jupiter dont elle est éprise. Celui-ci réussit à la kidnapper pour la conduire dans un temple construit pour elle, sous l’œil jaloux de sa femme Junon prête à se venger. Ce n’est pas la première fois que ce récit est adapté en opéra puisque Marin Marais s’en inspira en 1709 ainsi que l’abbé Claude Boyer en 1666 dans Les amours de Jupiter et de Sémélé.
De 2004 à 2010
Acclamé à travers le monde, le metteur en scène écossais David McVicar avait déjà présenté en 2004 sur la même scène cette production en compagnie du chef d’orchestre Marc Minkowsky. Quels changements en juillet 2010 ? Outre une nouvelle distribution, excepté le même ténor Richard Croft en Jupiter, on a pu entendre dans la fosse du TCE l’excellent ensemble des Talents Lyriques dirigés par le très baroque et grand claveciniste Christophe Rousset. Mais la plus grande innovation est d’avoir confié les rôles de Junon et de la sœur de Sémélé, Ino, à la même chanteuse Vivica Genaux jouant ainsi de l’ambiguïté et de la dualité des personnages tant vocalement que sur le plan dramaturgique. Le résultat n’en est que réussi tant elle arrive à changer de tessiture entre la force dramatique de l’air d’Ino à l’acte I Turn, hopeless lover, turn thy eyes et l’air de vengeance de Junon à l’acte II Hence, Iris, hence away.

A l’origine était l’austérité
C’est sous le signe de l’austérité qu’est basée la mise en scène de David McVicar. Un décor unique, sobre et de couleur blanche, fait face au public aux allures d’un temple contemporain éclairé aux néons. Le chœur est vêtu en grands habits tandis que les personnages principaux sont accoutrés à la mode du XVIIIème siècle. Est-ce pour souligner l’enfermement dans lequel vit Sémélé face à un père autoritaire et la sévérité de Jupiter ? Il reste que le décor circonférentiel de Tanya McCallin manque de folie tout comme la lumière de Paule Constable trop éclairée et appuyée par moment. On reconnaîtra cependant avec plaisir la touche McVicar lors des chorégraphies d’Andrew George toute en harmonie avec la musique d’Haendel. Un bon exemple pourrait en être l’air Myself I shall adore chanté par Sémélé lorsqu’elle découvre sa beauté dans le miroir tendu par Junon, ayant alors usurpée l’identité d’Ino.
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Le « réveil » du troisième acte
Si les deux premiers actes présentent les protagonistes et posent l’intrigue, le troisième est celui de l’action et des péripéties. On découvre pourtant dans l’Act I un personnage que l’on suivra tout au long de l’opéra qui est Cupidon, apparaissant comme celui qui intéresse le plus McVicar. Tel le garçon en noir dans le film Don Giovanni de Joseph Losey, l’Amour aveugle vêtu de rouge suit les amours de Sémélé et de Jupiter sans pour autant avoir la force de réunir les deux amoureux. La soprano Claire Debono est d’ailleurs parfaite dans ce rôle exigeant. L’apparence humaine de Jupiter renvoie de même au personnage de Don Giovanni en raison de sa perruque brune et de son accoutrement. Richard Croft connaît bien son rôle tout comme Danielle de Niese en Sémélé dont les duos et les arias sont parfaitement maîtrisés, jusqu’au final malheureux.
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On connaît l’importance qu’accorde Haendel au chœur tout en puissance qui est ici parfaitement maîtrisé par celui du Théâtre des Champs-Elysées dirigé par Emmanuel Trenque. La bass Peter Rose a enfin suffisamment de présence et de voix pour incarner à la fois Cadmus et surtout Somnus dont l’air Leave me, loathsome light reste un moment tout aussi drôle qu’envoûtant. Purcell n’est décidemment vraiment pas loin.
Avec une aussi belle distribution et Les Talents Lyriques dans la fosse, on en vient à oublier la chaleur ressentie dans la salle du Théâtre des Champs-Elysées sans climatisation. Assister à la naissance de Bacchus, dieu du vin et fils de Sémélé et de Jupiter, vous rendra aussi ivres que les chanteurs et laissera couler un sentiment de liberté après l’austérité à la fin de cette très belle œuvre.
Edouard Brane
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