Talé : la world music de Salif Keita rencontre l’électro de Philippe Cohen Solal
Les deux hommes ne se connaissaient pas mais leur volonté commune était de faire de cet album un disque qui tourne en boucle et retourne la piste de danse. L’album est disponible dans les bacs depuis le 12 novembre 2012 et, au cours de sa tournée, Salik Keita réchauffera L’Olympia de ses notes exquises le 6 février 2013.
La rencontre des deux artistes est un peu celle du troisième type, tant leurs univers sont supposés contraires. Et pourtant… « J’en ai marre d’être conservateur. Catalogué dans ma petite case africaine ! La démarche de Philippe me va bien. Je voulais même le pousser encore plus. Il faut que ça groove, quoi ! Ma chance, c’est que Philippe a découvert certains instruments traditionnels. Il les adore. Du coup, il a gardé ce son, tout en le maquillant. ». Orfèvre de l’électro, Philippe Cohen Solal produit un son très organique mixé aux rythmes électroniques, comme il l’a déjà expérimenté avec Gotan Project autour du tango. « Talé » c’est du digital vintage sur un mode festif, très coloré. Depuis 1969, Salif Keita innove et emprunte des directions autres que celles des griots (caste africaine dépositaire de la tradition orale), faisant aujourd’hui de cet album un ovni musical tissant des liens entre les amateurs d’électro pure et les spécialistes de la world music, et réconciliant ainsi novation et tradition.
C’est dans les nuits chaudes de Bamako que Salif Keita et Philippe Cohen Solal ont élaboré les bases de cet album, son canevas mélodique et harmonique, composées des simples accords guitares-voix de Salif. Puis des musiciens locaux ont brodé dessus dessous, de précieux sons rythmiques : Aboussi Cissoko au n’goni, Mamane Diabaté au balafon, Prince à la calebasse. D’autres artistes ont également ajouté leur touche de couleur : Cyril Atef, percussionniste émérite et moitié de Bumcello, Hagar Ben Ari, bassiste so deep soul des Dap Kings, et Christophe Chassol aux arrangements de cordes. Cette variété de richesses musicales rehausse l’éclat naturel de Salif Keita autour du principe mis en place par Solal : moins de notes afin d’offrir plus d’espace à la noble voix du maître.
De prestigieux invités donnent aussi la réplique à Salif Keita et permettent de conquérir un large public. Le camerounais Manu Dibango, présence rassurante, joue de son afro-funk sur 2 titres, avec un magnifique chorus de saxophone sur « Après-demain ». Bobby McFerrin improvise un dialogue avec Salif Keita transformé pour l’occasion en beat- boxer, autour d’une douce mélodie jouée au simbi (ancêtre à sept cordes de la kora). Esperanza Spalding, la nouvelle princesse de la musique afro-américaine récompensée d’un Grammy, dialogue avec lui sur Chérie s’en va. Et enfin, le Londonien Roots Manuva, prodigieux poulain de l’écurie Big Dada pose son flow sur C’est bon c’est bon.
L’aventure transporte indéniablement vers des horizons inédits : au détour du son d’une calebasse apparaît le disco des seventies ; à un autre moment, l’afro-beat poisseux et humide est transporté sur les rives polluées de Detroit, la Mecque de la techno ; ailleurs, des orchestrations égyptiennes sont samplées au milieu de « Yala »… Les paradoxes, les différences, l’hymne à la tolérance, tout un symbole pour celui qui est né noble, dans une région où l’on prête aux albinos des pouvoirs maléfiques. « Je suis un noir, ma peau est blanche et moi j’aime bien ça, c’est la différence. Je suis un blanc, mon sang est noir, moi j’adore ça, c’est la différence qui est jolie ».
Alexandra Ferrero

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Salif Keita – Talé
Universal Jazz // Universal
Pour les autres dates du Talé Tour et plus d’informations : www.salifkeita.net
youtube.com/user/salifkeitaofficiel
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