Wozzeck, chef-d’oeuvre de Berg dans l’éblouissante mise en scène de Marthaler
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Wozzeck De Alban Berg Mise en scène de Christoph Marthaler Avec Johannes Martin Kränzle, Stephan Margita, Nicky Spence, Stephan Rügamer, Kurt Tydl, Mikhail Timoshenko, Thomasz Kumiega Rodolphe Briand, Gun-Brit Barkmin, Eve-Maud Hubeaux et Fernando Velasquez Les 5 et 9 mai à 19h30, 12 mai à 20h30, 15 mai à 19h30 Tarifs : de 5 à 150 euros Réservation en ligne ou par tél. au 08 92 89 90 90 (0,35 E) Durée : 1h45 Opéra Bastille |
Créée il y a huit ans, cette production revient à l’Opéra Bastille portée par de merveilleux interprètes. La pièce révolutionnaire de Büchner, qui raconte le meurtre passionnel commis par un pauvre soldat sur sa fiancée, nous bouleverse aujourd’hui par son écriture fragmentée, la puissance incroyable de la musique dans la mise en scène formidable de Christoph Marthaler. Un moment d’une fulgurante humanité. Georg Büchner, fils de médecin et étudiant en médecine, s’inspire d’un fait divers brûlant pour écrire sa pièce que Berg découvre avec enthousiasme en 1914. Il est fasciné. La pièce raconte un crime passionnel commis par un soldat démobilisé, condamné trois ans plus tard malgré les troubles psychiatriques que l’on avait décelé chez lui. Büchner se saisit du personnage, un antihéros misérable, qu’il transforme en miroir du monde et de ses rivalités sociales. Il se détache d’une narration traditionnelle, et dans ces éclats de vie tranchants comme la misère, dans ces extraits insolites qui se succèdent, il fait de Wozzeck un personnage morcelé, haletant, ombre obéissante à tous ces maîtres, le médecin qui lui administre des régimes alimentaires comme à un cobaye ou le capitaine qui lui assène des ordres ou des sourires compatissants. Le Wozzeck de Berg, que le monde découvrit en 1925, en plein renouveau expressionniste de la musique viennoise (Berg fut l’élève de Schönberg), est fidèle à la pièce. Au fil de séquences musicales brillantes, mobilisant tantôt les cuivres, tantôt les cordes, ou les percussions, balançant entre tradition -fugues, passacaille, rhapsodie, suite..- et modernité d’une liberté totale, le compositeur joue avec virtuosité sur les tonalités, les rythmes, les ruptures comme pour dessiner les tourments du héros, ses hallucinations notamment, et sa jalousie féroce. Le livret, du compositeur lui-même, suit les errances du pauvre soldat, maltraité par la société et humilié par sa fiancée. La musique épouse les fulgurances de l’histoire. La grande idée scénographique de Christoph Marthaler est de faire évoluer les personnages dans un lieu unique, dont seules les lumières formidables d’Olaf Winter transforment l’atmosphère. Il s’agit d’un grand café, protégé par une toile de plastique transparent, traversé par des ribambelles de gamins qui se réfugient dans les aires de jeux extérieures. L’apathie des consommateurs ordinaires, leur indifférence contraste avec la nervosité, la frénésie du Wozzeck campé par Johannes Martin Kränzle, tout simplement époustouflant dans le rôle titre. Son jeu halluciné, à fleur de peau, sa démarche titubante, apporte à cette production l’aspect tragique et burlesque qui sied à l’opéra. Il faut dire que tous sont parfaits. Stephan Rügamer, diction et voix claire du Capitaine, Kurt Rydl dans le rôle du Docteur, -tefan Margita dans l’effroyable et macho Tambour Major, et Gun-Brit Barkmin, superbe Marie à la voix de soprano déchirante et profonde. Ils sont dirigés par le chef Michael Schønwandt avec une belle maestria, un sens des ruptures et une sensibilité expressionniste idéales. Quelle profonde émotion ! Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Emilie Brouchon ] |
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