Hippolyte et Aricie – Rameau – Opéra Garnier
Il y a en France trois façons de représenter scéniquement l’œuvre de Rameau : la Pellysienne, la Scozzienne et l’Alexanderienne. Comprenez par là trois visions radicalement différentes dont la première s’inscrit dans un absurde idéal (Laurent Pelly/Marc Minkowski), la seconde dans une contemporanéité politique qui pousse à la polémique (Laura Scozzi/Christophe Rousset) et la troisième dans un classicisme baroqueux majestueux et d’une sainte propreté (Ivan Alexandre/Emmanuelle Heim). C’est cette dernière proposition que l’Opéra de Paris a choisi de programmer avec Hippolyte et Aricie de Jean-Baptiste Rameau après sa création au Capitole de Toulouse en 2009.
Il fut un temps où le renouveau baroque était le terme à la mode. Aujourd’hui, la tendance s’est retournée contre elle puisque l’on assiste davantage à un rabâchage baroqueux. Que l’on s’explique: depuis plusieurs décennies, la France est devenue le pays emblématique de la musique baroque avec nombres de créations d’Ensembles qui s’en sont fait leur spécialité.
Depuis l’association entre William Christie et Jean-Marie Villégier (Atys de Lully en 1987) jusqu’à celle de Vincent Dumestre et Benjamin Lazar (Le Bourgeois gentilhomme de Molière / Lully en 2005), la France croule sous la redécouverte de la déclamation baroque et de sa représentation plastique. Avec Hippolyte et Aricie de Rameau présenté à l’Opéra Garnier en cette fin de saison, le déjà-vu s’impose donc forcément, mais un déjà-vu doté d’un plateau vocal harmonieux et d’une stature visuelle émérite.
Cinématographiquement théâtral
Au sein de l’Opéra Garnier, le cinéma s’invite de nouveau à l’opéra. La symétrie des décors est le premier élément qui fait écho au cadrage cinématographique. Soudain reviennent en tête les scènes du Vatel de Roland Joffé et du Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Ce n’est ainsi par pour rien si l’on retrouve aux décors Antoine Fontaine (imposante représentation des Enfers) et aux costumes Jean-Daniel Vuillermoz, deux habitués des plateaux de tournage. A la mise en scène, Ivan Alexandre use de la gestuelle baroque à bon escient sans trop en abuser, ce qui confère aux chanteurs une présence magique sous un grimage aux couleurs pastel qui va à ravir au Thésée de Stéphane Degout.
2011/2012 aura décidément été la saison du baryton français. Entre Tannhäuser, Pélléas et Mélisande et maintenant Hippolyte et Aricie, Stéphane Degout aura prouvé tout l’étendue de son talent, usant d’une prononciation à la fois étendue, audible et grave. A ses côtés, Sarah Connoly démontre elle aussi tout son talent de tragédienne avec une Phèdre théâtrale dont la chevelure ferait presque penser à celle d’Anjelica Huston. L’amour de Jaël Azzaretti ressemble de son côté au Cherubin des Noces de Figaro pour sa désinvolture et son éclat (on reste sous le charme de son Rossignols amoureux, répondez à nos voix.)
Sans rien réinventer, cette production permet toutefois à l’Opéra Garnier de briller de tout son or et de baigner dans un flot musical propre au premier opéra composé à cinquante ans par Rameau. On s’y ennuie ou l’on s’y réjouit, chacun son ressenti. Reste qu’il propose aux spectateurs étrangers (nombreux à l’Opéra de Paris) une vision hautement historique de l’inégalable patrimoine culturel français.
Edouard Brane
Twitter: Cinedouard
Hippolyte et Aricie
Direction musicale : Emmanuelle Haïm
Mise en scène d’Ivan Alexandre
Avec Sarah Connolly (Phèdre), Anne-Catherine Gillet (Aricie), Andrea Hill (Diane), Jaël Azzaretti (L’Amour / Une Prêtresse / Une Matelote), Salomé Haller (Oenone), Marc Mauillon (Tisiphone), Aurélia Legay (La Grande Prêtresse de Diane / Une Chasseresse / Une Prêtresse), Topi Lehtipuu (Hippolyte), Stéphane Degout (Thésée), François Lis (Pluton / Jupiter), Aimery Lefèvre (Arcas / Deuxième Parque), Manuel Nuñez Camelino (Un Suivant / Mercure) et Jérôme Varnier (Neptune / Troisième Parque)
Orchestre et choeur du Concert d’Astrée
Décors : Antoine Fontaine // Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz // Lumières : Hervé Gary // Chorégraphie : Natalie Van Parys
Les 9, 13, 17, 19, 22, 24, 27 et 29 juin
Les 1er, 4, 7 et 9 juillet
Prix des places : 10€ // 25€ // 45€ // 70€ // 115€ et 180€
Réservation en ligne
Durée : 3h20 avec un entracte
Opéra Garnier
Place de l’Opéra
75009 Paris
M° Opéra
[Crédit Photo n: Opéra national de Paris / Agathe Poupeney]
Articles liés

“Carnets du Sous-sol” : L’adaptation captivante de l’œuvre de Dostoïevski à la Comédie Saint-Michel
Une adaptation des Carnets du Sous-sol, un seul-en-scène sans filtre, du pur Dostoïevski, démesuré et jouissif. C’est un homme d’une quarantaine d’années, pétri d’amour-propre et de ressentiment, vivant depuis trop longtemps seul dans son “sous-sol, qui sort exceptionnellement de...

Alix Logiaco vous fait découvrir son dernier album au Studio de l’Ermitage le 18 février !
Le Studio de l’Ermitage accueille Alix Logiaco, son trio et ses invités à l’occasion de la sortie de son dernier album “From Sand To Land” À propos de l’album From Sand To Land Alix Logiaco Trio a sorti, le...

“Le Bal des voleurs”, une comédie familiale à ne pas manquer au Funambule
Trois voleurs maladroits se déguisent pour piéger une riche lady… Mais le destin va en décider autrement. Une comédie familiale et déjantée pleine de péripéties rocambolesques, de danses effrénées et de transformations de personnages ! Trois voleurs peu dégourdis,...





