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    Sami Bouajila – interview

    21 novembre 2013
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    Sami Bouajila - interview

    Est-ce pour devenir une étoile du cinéma que vous êtes entré à la Comédie de Saint-Etienne ?

    Ayant grandi dans une ZUP, à Echirolles, j ‘étais très complexé. J’avais alors une nécessité quasi vitale non pas de briller mais de prendre la parole et de sortir de mon trou. J’ai rencontré un professeur d’art dramatique qui m’a aidé à trouver l’école qui me convenait. Je cherchais en effet une école au sens noble du terme, au sens absolu, c’est-à-dire une école où on peut apprendre un mode de vie, une rigueur, une démarche de travail, un univers, le tout en dehors des sentiers battus et des conventions… dont l’enseignement m’avait gavé jusqu’à présent. C’est comme ça que je suis rentré à l’école de la Comédie de Saint-Étienne, théâtre créé par Jean Dasté.

    Quels liens entretenez-vous avec le théâtre depuis votre arrivée au cinéma ?

    Après l’école, J’ai joué La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke, puis Roméo et Juliette à la Comédie de Saint-Étienne. J’ai dû laisser tomber la tournée car, à ce moment-là, le cinéma m’a happé. Ensuite, je suis resté longtemps sans jouer au théâtre même si j’y suis revenu ponctuellement. Or, faire du théâtre au coup par coup ne m’intéressait pas vraiment. J’ai d’ailleurs longtemps caressé le rêve d’être séduit par une troupe de gens qui me correspondraient et de partir avec eux… mais arrêter totalement le cinéma, cela m’est impossible aujourd’hui.

    Votre carrière vous a-t-elle aidé à vous « décomplexer » ?

    Disons que mes principales attentes ont été satisfaites et que j’ai fait du chemin. Mais je m’assois pas sur mes lauriers. Ça me grise et je suis content mais, est-ce que j’en profite pleinement ? Je ne sais pas. En tout cas j’avance.

    Que seriez-vous devenu sans le théâtre et le cinéma ?

    Sans doute garde forestier, métier que je voulais faire adolescent. Je m’étais d’ailleurs inscrit au concours d’entrée dans une école agricole. Certes, c’est très loin de mon métier d’aujourd’hui mais pas vraiment de ma vie car j’habite toujours à la montagne, en Isère où résident ma famille, mes enfants. Cela implique beaucoup d’absences et beaucoup de kilomètres, mais ça vaut le coup.

    A travers quelques-uns de vos rôles, on peut penser que vous êtes militant. Est-ce une réalité dans votre -vraie- vie ?

    Non pas du tout. Je suis humaniste avant tout. Je ne m’engage pas, sinon à travers mes rôles… qui parlent suffisamment.

    Votre métier, est-ce un ring ? Faut-il se battre, avec les autres, avec soi même ?

    Oh oui, je me bats contre moi-même ! Je serais boulanger, je pense que ce serait pareil car, dans mon métier comme dans ma vie personnelle, j’ai tendance à me remettre régulièrement en question et à repousser mes propres limites.

    Avez-vous peur que tout cela se termine ?

    Oui bien sûr. J’en ai conscience mais je ne cafarde pas. Je vis beaucoup plus dans l’instant, en essayant d’en profiter.

    Votre présence aujourd’hui sur les planches, est-ce une parenthèse ?

    Pour moi cinéma et théâtre s’inscrivent dans une continuité. Je ne les dissocie pas. Il y a un seul et même chemin. Ce qui importe, ce sont les aventures humaines qui y naissent. Quand elles sont belles comme celle que je vis avec Audrey Dana chaque soir, je suis comblé. Pourtant, c’est une parenthèse par définition car je ne peux pas envisager de tourner un film en journée et de jouer le soir au théâtre. Cela demande donc, par obligation, une interruption des tournages… qui vont reprendre tout de suite après. Mais comme j’ai lu un très beau texte et que j’ai envie de le monter dans un avenir proche, je sais que je vais bientôt revenir au théâtre.

    Caroline Fabre

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