“7 Deaths of Maria Callas”, dans la peau de Marina Abramović
© Charles Duprat
Callas, son mythe, sa vie tragique et les morts spectaculaires de ses héroïnes, Violetta, Lucia ou Norma, ont toujours fasciné, comme tant d’autres, la performeuse serbe Marina Abramović, mondialement connue pour des expériences artistiques à la limite de la vie et de la mort. Avec le comédien William Dafoe, elle se met dans la peau surdimensionnée des monstres tragiques à l’écran, laissant aux jeunes cantatrices en robe de servante le long plateau désert, au risque de les rendre accessoires.

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Allongée dans le lit de Maria Callas, celui de son dernier appartement, au 36 Avenue Georges-Mandel où la diva se donna la mort le 16 septembre 1977, Marina Abramović songe dans un sommeil mortuaire aux héroïnes tragiques que la Callas a incarnées à travers sept opéras. Marina est fascinée par la mort, la violence et la vulnérabilité des êtres humains et comme Maria Callas, elle se sent portée par le tragique de la vie. Durant tout le temps de la représentation, qui débute par un prologue à la Verdi de Marko Nikodijević, spécialiste de la difractation tonale, qui l’artiste reste allongée sans frémir, derrière le voile sombre d’un décor crépusculaire et abyssal. Dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra de Paris reste fidèle à sa qualité sous la direction du jeune chef Yoël Gamzou.

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Durant ce sommeil en forme de mort défilent sur un écran géant, chargé de cieux ennuagés, des extraits de texte écrits par Petter Skavlan et Marina qui évoquent tour à tour septs livrets d’opéras au moment fatal du sacrifice de l’héroïne. Des scènes vidéos filmées par Nabil Elderkin apparaissent à l’écran où Marina Abramović et William Dafoe incarnent les personnages tragiques, en proie à une fureur morbide, fantasmatique, dans des décors angoissants. Violetta d’abord, dans La Traviata, portée par la jeune soprano Hera Hyesang Park, puis Tosca, chantée par Selene Zanetti, durant laquelle on voit Marina se jetter dans le vide du haut d’un gratte-ciel new-yorkais.

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Dans Othello, Desdemone prend la voix de Leah Hawkins tandis qu’à l’écran Marina se fait étrangler par un énorme serpent glissant des mains de son partenaire. Madame Butterfly, dont l’air « Un bel di, vedremo » est chanté par Gabriella Reyes, tandis que l’actrice se détruit avec le verre, précède Carmen, incarnée par la voix d’Adèle Charvet, et présente à l’écran par un duo de torréadors s’étripant au couteau. Lucia di Lammermoor, chantée par Adela Zaharia, éblouit l’auditoire par l’agilité vocale et la précision fabuleuse de la jeune cantatrice, alors que Norma, campée par la belle soprano Laureen Fagan, voit Marina pénétrer dans les flammes habillée d’un scaphandre orange. Dans le huitième épisode, c’est la Callas elle même que l’on voit disparaître, incarnée par l’actrice cette fois, évoluant dans l’appartement parfaitement reconstitué de la diva, alors que l’on entend une dernière fois la vraie Callas dans l’enregistrement historique de Casta Diva. A cette écoute, on frémit encore.
Hélène Kuttner
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