“Angels in America”, un rêve américain à l’Aquarium
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Angels in America De Tony Kushner, traduction de Gérard Wajcman et Jacqueline Lichtenstein Mise en scène d’Aurélie Van Den Daele Avec Antoine Caubet, Émilie Cazenave, Grégory Fernandes, Julie Le Lagadec, Alexandre Le Nours, Sidney Ali Mehelleb, Pascal Neyron, Marie Quiquempois Jusqu’au 6 décembre 2015 Tarifs : de 10 à 30 € Réservation en ligne Durée : 4h30 avec deux entractes Théâtre de l’Aquarium M° Chateau de Vincennes (ligne 1) puis navette Cartoucherie |
Jusqu’au 6 décembre 2015
Véritable fresque lyrique et dramatique sur les années 80 en Amérique, la pièce de Tony Kushner défie les règles et la norme de l’écriture de théâtre par le traitement mi-onirique mi-réaliste des histoires qui y sont décrites. Aurélie Van Den Daele et sa troupe d’acteurs nous embarquent dans un voyage incarné magnifiquement et qui résonne encore aujourd’hui. Des anges très noirs La pièce avait été créée pour la première fois en français dans les années 90 au Festival d’Avignon par Brigitte Jaques-Wajeman. À l’époque, elle fit l’effet d’une bombe. L’auteur, né en 1956 dans une famille juive américaine de Manhattan, y raconte la vie de plusieurs personnages à l’époque de l’apparition du sida, sous la présidence de Ronald Reagan et dans les milieux de la politique et des affaires juridiques. Cette “fantaisie gay sur des thèmes nationaux” traite autant de l’amour, de la foi religieuse, de la souffrance, de la possession, de l’amitié et de l’homosexualité que de la mort. Kushner, qui a reçu pour cette œuvre le Prix Pulitzer en 1993, ne s’interdit rien en mêlant l’intime le plus cru aux considérations philosophiques, la poésie à la politique, l’humanitaire à la trivialité du quotidien. Vingt-cinq ans après sa création, entendre de nouveau la prose poétique de Kushner est un régal d’ironie et d’intelligence. Aurélie Van Den Daele suit les traces du flot kushnerien. Elle fait incarner la multiplicité des scènes et des images par une distribution mixte d’hommes et de femmes pour tous les personnages, superposant les couches d’imaginaire, impulsant à ses comédiens un jeu vif, passionnel et spontané dans des décors efficaces qui jouent de la lumière et de l’ombre. Avec des projections vidéos, des titrages de dates, cette course vers l’Apocalypse via l’enfer et le paradis trimballe un couple d’homos à la dérive, Louis Ironson et son ami Prior, atteint par le sida ; Joe et Harper, mariés mais chacun cherchant sa vérité, l’une dans le Valium, l’autre dans les bars gays ; Roy Cohn, célèbre avocat républicain corrompu et sans scrupules, anti-communiste primaire, qui précipita véritablement Ethel Rosenberg, sous McCarthy, sur la chaise électrique ; Belize, ange infirmier à la peau noire, qui répond aux anges blancs venus du Ciel pour sauver l’humanité de la débauche occidentale. Antoine Caubet incarne Roy Cohn de manière magistrale et sulfureuse, face à Grégory Fernandes (Louis) et Alexandre Le Nours (Prior). Julie Le Lagadec est épatante dans l’interprétation du rabbin, du médecin et d’Ethel, véritable caméléon brechtien. Sidney Ali Mehelleb (Belize) et Émilie Cazenave (Harper) s’engagent également avec une belle ardeur et une totale sincérité dans cette aventure théâtrale de 4h30, que l’on conseille de voir en intégralité. Bien que trop longue, la représentation fleuve charrie son flot de visions et de discours hallucinants. Hélène Kuttner [Photos © Marjolaine Moulin] |
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Jusqu’au 6 décembre 2015
Une pièce magistrale
Une brochette d’acteurs à saluer



