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    Au bois lacté – Théâtre de Poche-Montparnasse

    13 septembre 2013
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    Au bois lacté - Théâtre de Poche-Montparnasse

    A l’origine, Au bois lacté est une pièce radiophonique imaginée à la fin de la seconde guerre mondiale et dont l’écriture s’est déroulée sur des années pour connaître via la BBC un premier succès avec dans la voix principale celle de Richard Burton.

    Adapté ensuite en film avec entre autres Elizabeth Taylor et Peter O’Toole, puis en opéra, ce texte a été traduit en français par Jacques B. Brunius et a accompagné le metteur en scène Stéphane Meldegg tout au long de sa carrière. Pour le petit plateau du Théâtre de Poche, celui-ci parvient à donner à la fable tout le caractère ciselé qu’il convient en s’appuyant sur une direction d’acteurs souple, en virtuosité ronde et limpide, fluide et onirique. Il emporte les spectateurs dans une poésie sans interruptions en se contentant de poser sur le plateau quelques bancs et deux ou trois arbres taillés de manière enfantine. Ce décor naïf suffit à encadrer les dizaines de personnages que l’on découvre la nuit, tandis qu’ils rêvent ; guidés par le révérend du village qui les veille avec douceur et affection, on s’immisce dans leurs songes nocturnes puis on les suit au réveil et tout au long du jour jusqu’à la nuit suivante.

    Ce conte se déroule ainsi comme une plongée pudique et souriante dans la vie intime des habitants ordinaires d’un village ordinaire, mais qui tous sont portés par une tendresse extraordinaire dont le poète irlandais mort en 1953 à l’âge de 39 ans, déborde.

    Magie et simplicité

    Autour du Captain Cat vêtu de l’indispensable pull marin, les habitants du village se croisent, apparaissent puis reviennent, délivrant leurs songes profonds, leurs désirs enfouis, leurs petits bonheurs et les mille agitations de leurs cœurs et de leurs vies que le quotidien se charge de remplir, à condition de bien vouloir poétiser ce quotidien. C’est ce que font et rendent brillamment les comédiens. Sans accessoires et sans qu’ils aient besoin de changer une seule fois de costume, ils endossent tous de nombreux personnages et avec une grande précision ils dessinent les caractères et les sentiments des femmes et des hommes de tous âges du village. Que l’un boive ou s’appuie sur une canne, que l’une berce un nourrisson ou qu’un autre assassine sa femme, les comédiens se passent d’ustensiles et d’objets ; ils nous transportent dans leur monde par des gestes simples et des expressions du visage nettes, un regard juste, une démarche parfaitement travaillée ou une modulation de la voix.

    On rencontre les buveurs de bière, l’instituteur, les amoureux, les acariâtres, la jeune délurée et ses multiples bébés, le vieux marin, le boulanger, la ménagère maniaque, l’organiste mélomane obsédé, Sinbad-La-Marine, le chasseur de lapins, le barman, le boucher, le facteur, Miss Price la confiseuse, le cordonnier, bref, tous ceux qui font qu’un village à lui seul vit et contient tout ce qui remue l’humanité. On passe agilement d’une admirable scène de galanterie rustique à l’amour perdu que chante la belle Polly Jarretière à vous fendre le cœur. Puis la vieille pudibonde livre ses doux fantasmes tandis que des enfants jouent avec la cruauté qui leur est propre. Tout ce petit monde occupe le plateau avec une incroyable légèreté, les situations s’enchaînent dans un rythme virevoltant, mené avec célérité par Stéphane Meldegg qui choisit le registre de l’apesanteur.

    Le révérend, narrateur autour duquel tous gravitent, offre le texte du poète avec une magnifique simplicité, pianotant sur le verbe d’un air badin et permettant aux superbes descriptions de la nature de s’envoler avec grâce. En cela, le texte de Dylan Thomas est traité au plus juste, selon le souhait du poète de peindre une foule de gens dans la répétition des jours d’un village à travers le prisme permanent d’une immense, gigantesque tendresse. Au bois lacté dans le cocon du Théâtre de Poche- Montparnasse est un moment d’humanité où on ne peut que s’y sentir meilleur, porté par le texte et les sept comédiens qui incitent à rêver à leurs côtés.

    Isabelle Bournat

    Dylan Thomas – Au bois lacté

    Mise en scène de Stéphane Meldegg

    Avec Rachel Arditi, Jean-Paul Bezzina, Sophie Bouilloux, Attica Guedj, César Méric, Jean-Jacques Moreau et Pierre-Olivier Mornas 

    Du 10 septembre au 8 décembre
    Du mardi au samedi à 21h
    Le dimanche à 15h

    Tarifs : 10 à 35 euros

    Réservations par tél : 01.45.44.50.21

    Durée : 1h30

    Théâtre de Poche-Montparnasse
    75 boulevard du Montparnasse
    75006 Paris
    M° Montparnasse

    www.theatredepoche-montparnasse.com

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