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Clément Gyselinck : “La danse et moi, c’est une vraie histoire d’amour”

© Clément Gyselinck

Danseur et chorégraphe formé à l’école de danse Choréia à Paris, Clément Gyselinck explore aujourd’hui la danse contemporaine à travers divers projets et collaborations : cours de danse pédagogiques, spectacle vivant, vidéoclips et créations personnelles. Nous le retrouvons notamment sur scène en duo avec Dorine Aguilar, pour une danse chorégraphiée magnétique, donnant corps aux chansons poétiques de Vendredi sur Mer.

Depuis quel âge pratiques-tu la danse ? Était-ce une rencontre, une passion, un rêve, une nécessité ?

J’ai toujours dansé, pour autant que je m’en souvienne. J’ai commencé à danser en club à l’âge de six ans puis au fil des années, j’ai pratiqué la danse contemporaine, la danse classique et le modern jazz qui se révéla une découverte. Aujourd’hui, ça fait douze ans que j’ai fait de la danse mon métier, que j’en vis en l’investissant avec beaucoup de passion mais ça, c’est le cas depuis toujours. La danse et moi, c’est une vraie histoire d’amour. C’est aussi un besoin, j’ai toujours envie de danser. J’entends de la musique, mon corps se met à bouger (rires) : impossible pour moi de rester en place !

Nombreux sont ceux qui t’ont découvert sur scène en duo avec ton acolyte Dorine Aguilar, lors des concerts de Vendredi sur Mer où vous semblez en parfaite symbiose. Comment vous êtes-vous trouvés tous les trois ?

J’ai d’abord rencontré Dorine lors d’une première création avec la chorégraphe Julie Sicard. Dorine faisait le haut du corps et moi je faisais les jambes. Elle était sur mes épaules, vêtue d’une robe et ça donnait l’illusion d’un immense corps, d’une unité. C’est une expérience qui nous a vraiment marqués, qui nous a connectés l’un et l’autre. Elle était mes yeux, me guidait grâce à la confiance que je lui accordais, n’ayant pas d’autres astuces pour ça. Cette relation de confiance nous a vraiment rapprochés. Plus tard, j’ai entendu la première chanson de Vendredi Sur Mer, Les Filles Désir, que j’ai tout de suite envoyée à Dorine en lui disant que j’étais tombé amoureux de ce morceau. Dorine a été contactée pour collaborer avec Charline (Vendredi Sur Mer) et puis je suis arrivé sur le projet. Ça a été un sacré trio, une construction, et il est vrai que l’univers de Vendredi sur Mer nous parle énormément à Dorine et moi ; tant par les rythmiques et la musique que l’écriture de Charline. De là est née une jolie symbiose à trois, qui n’a cessé d’évoluer tout au long de cette tournée.

Peux-tu nous confier ce qui cultive ton investissement pulsionnel sur scène ?

Ça va être le volume du son, son intensité, le silence aussi, qui peut relancer la magie de façon encore plus forte. Il y a également la notion de plaisir, de partage. C’est un vrai bonheur. Être sur scène, pour moi, c’est un réel échange, une énergie qui se tape, se reçoit, se garde, se renvoie, un peu comme au tennis ! Tant avec son équipe qu’avec le public. Quand je danse et que je vois dans le public quelqu’un danser, sourire, ça me remplit de force. Pour moi, c’est de la connexion pure.

Qui est en charge de l’écriture chorégraphique de tes performances pour Vendredi sur Mer ?

On a écrit ensemble avec Dorine, on a tout chorégraphié à deux. On a notre méthode bien à nous, ce qui nous a encore plus rapprochés dans notre duo, tant durant la création que sur scène. Elle vraiment devenue ma partenaire. C’est un lien très fort.

La musique est-elle pour toi un support d’expression indispensable au mouvement dansé, au-delà de ta propre musicalité intérieure ?

Bien sûr que la musique est un support mais je ne peux pas dire qu’elle soit indispensable car c’est aussi intéressant d’aller dans le contraste, d’aller à l’envers de ce que l’on a l’habitude de faire, d’utiliser le support d’une tout autre façon. Quand je dis “à l’envers”, je veux dire que c’est intéressant de casser le rythme et surtout de ne pas aller dans ce qui est attendu. C’est ce qui me plaît avec Dorine, lorsqu’on écrit une chorégraphie parfois on se dit “Hum.. trop attendu, trop prévisible” puis “Non, allez on cherche autre chose” et on continue d’explorer. Il faut surprendre, il faut se retourner le cerveau et aller à l’envers. C’est comme demander à un droitier de tout faire mais avec son côté gauche…

Nous pouvons également t’apercevoir dans le dernier clip de Léa Paci, pour le titre entraînant À nos folies. L’image, le vidéoclip et l’audiovisuel de manière plus générale t’attire-t-il particulièrement ?

Oui, j’aime beaucoup l’image, j’aime beaucoup l’audiovisuel. J’ai créé une association qui s’appelle “Bleu Parallèle”, pour laquelle j’ai fait une première création intitulée “Chorale”. J’ai également fait une autre création en collaboration avec une amie, “1.9”. C’est quelque chose qui m’a toujours plu. Durant l’enfance, tous les vidéoclips qu’on voyait m’ont beaucoup nourri, puis est venu le goût pour le cinéma. Aujourd’hui, c’est vrai que l’image occupe un rôle très important, du moins le vidéoclip. J’ai pu continuer à travailler avec différents nouveaux artistes sur leurs clips, tant dans l’ombre que devant l’écran parfois. Pour le vidéoclip avec Léa, je l’ai coachée, je l’ai chorégraphiée et elle a appris à se libérer au travers du mouvement, en d’autres termes elle a goûté un peu à la danse. C’était une semaine très intense et on m’a finalement proposé de paraître dans son clip. C’est un travail qui m’intéresse énormément, en plus de l’expression scénique. Et voir des personnes progresser, quitter leur zone de confort pour prendre un risque, voir une éclosion, quelque chose d’inattendu, c’est un moment magique. C’est magnifique à faire, c’est magnifique à voir.

 

Tu proposes à présent des stages de danse contemporaine au Centre des Arts Vivants à Paris. Peux-tu nous dire quelques mots sur ton désir de transmission du mouvement ?

Ça fait cinq ou six ans que j’ai mon diplôme d’État de professeur de danse contemporaine et que j’enseigne. C’est quelque chose que j’aime énormément, dont je me sers pour discuter avec Vendredi sur Mer qui n’est pas danseuse, pour la placer, lui expliquer les mouvements tout en s’adaptant à elle, à son niveau, à son écoute. La pédagogie c’est vraiment quelque chose qui m’a permis, dans ma vie personnelle comme dans ma vie professionnelle, de m’adapter aux choses, d’avoir un autre regard sur les situations. J’ai la chance de pouvoir voir des gens qui d’un seul coup se libèrent, alors qu’ils pensaient ne pas savoir mettre un pied devant l’autre et finalement, avec un thème d’improvisation et la musique qui leur convient, on peut voir émerger d’eux, une très belle danse. Et ça, c’est cadeau, c’est quelque chose qui me touche au plus profond de moi. Il y a vraiment un moment où regarder les gens réussir à faire un exercice, danser, s’exprimer, se libérer, c’est enivrant. Parce qu’il y a un véritable lâcher prise, une part d’intime qu’ils nous dévoilent. C’est un beau reflet de l’âme, c’est sûr et certain.

 Si tu devais choisir un mot, un terme, un symbole, un personnage… comme nom de scène, qu’est-ce qui te viendrait spontanément à l’esprit ?

“Le bus magique” parce que quand j’étais en formation, lorsque j’étais en traversée ou que je dansais avec d’autres gens, je pouvais prendre beaucoup de place car je suis grand et que j’ai une forte amplitude de mouvement. J’aimais bien casser l’espace et y aller très fort. Souvent quand j’arrivais vers eux, les gens avaient peur. Ils avaient la sensation d’un bus. Donc je pense que “le bus magique” ça peut être très rigolo, j’aime beaucoup !

Durant cette période de confinement, as-tu découvert une chanson t’ayant particulièrement touché et que tu aimerais partager avec nous ?

Alors… elle est très dure cette question, je ne peux pas en donner qu’une, c’est impossible ! Il y en a une que j’aime beaucoup, c’est Océan Forever de P.R2B. Magnifique titre. Il y aussi la dernière de Odezenne, Hardcore. Et il y a Yelle qui a écrit Je t’aime encore, une déclaration d’amour qui m’a tout de suite fait danser, tant par les paroles, la musicalité que par ses sonorités électro. Voilà mes trois beaux coups de cœur.

Sais-tu quand nous aurons la chance de te revoir sur scène ou à l’écran ?

J’ai tourné il y a quelques mois dans le clip d’Oscar Emch pour son nouveau morceau Fais Les Danser, qui est très cool. Des projets, il y en aura d’autres évidemment et j’ai hâte de les partager avec le public.

Retrouvez Clément Gyselinck sur son compte Vimeo.

Propos recueillis par Joséphine Roger

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