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    “Cri de cœur” : entre cinéma, danse et théâtre, une création qui hésite entre les genres à Garnier

    Hélène Kuttner 25 septembre 2022
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    © Agathe Poupeney / Divergence

    Alan Lucien Øyen, chorégraphe norvégien, présente à l’Opéra de Paris une création élaborée pour et avec le corps de ballet qui mêle le théâtre, la narration, la vidéo et la danse. Héroïne et star de la soirée, Marion Barbeau, qui a révélé ses talents de comédienne dans le film « En corps » de Cédric Klapisch, est l’éblouissant fil rouge d’une histoire mélodramatique qui navigue entre vérité et fiction, en eaux troubles mais avec émotion.

    Eros et pathos

    © Agathe Poupeney / Divergence

    L’immense plateau du Palais Garnier est devenu un décor de théâtre ou un plateau de tournage. Au centre, l’héroïne, Marion Barbeau, divine, filmée de près par une caméra qui reproduit à l’image sur un écran géant son visage pétri de souffrance, est une jeune danseuse atteinte d’un cancer, qui va vivre devant nous, avec la complicité d’un étranger nommé Personne qui vient s’installer chez elle, ses derniers moments de vie. Autour d’elle, sa mère, incarnée par Elena Pikon, danseuse et comédienne de Pina Baush, qui prête à cette création sa présence majestueuse et émouvante ; la maladie symbolisée par le crabe, qu’Axel Ibot personnifie de manière saisissante, quand Simon Le Borgne lui incarne le chevalier amoureux, présence rassurante et solide. Des cadres majestueux et mobiles, décors d’Alexander Eales, défilent dans un mouvement perpétuel, affichant des « dioramas », paysages naturels d’espaces existants avec des animaux empaillés. L’esthétique est celle des années 70, couleurs chaudes et matières souples et mates de l’automne. L’histoire déroule donc son lot de péripéties et de fatalités tristes comme un jour d’hiver alors que les jeunes danseurs du corps de ballet ne déméritent pas, engagés dans cette aventure collective.

    Scénario vaporeux  

    Cri de Cœur / Alan Lucien Øyen / Ballet de l’Opéra national de Paris
    © Agathe Poupeney / Divergence

    Obsédé par la mort et la maladie, Alan Lucien Øyen accorde aux danseurs des rôles de créateurs de leur propre rôle, conservant leur prénom et dialoguant comme des comédiens. Les solistes sont donc sonorisés et le scénario se fait l’écho des préoccupations, des angoisses des jeunes artistes, qui ont répété cette création avec la longue interruption du confinement. Le poids de la crise sanitaire teinte donc l’atmosphère de mélancolie et d’anxiété, soulignée par une bande musicale aux accents mélodramatiques et répétitifs. La chorégraphie alterne entre de beaux solos, lumineux et tendres, faits d’enroulés et de figures voluptueuses et sensuelles, ou d’attaques volontairement géométriques et pointues, et des scènes d’ensemble plus ordinaires, improvisées par les danseurs. Le texte, en revanche, s’il peut être émouvant et sensible, n’évite pas les clichés et les lieux communs. Malgré tout, et grâce au talent et à la générosité des danseurs, le spectacle offre de très beaux moments, une scène finale poignante et quelques moments d’autodérision qui prêtent à rire. Marion Barbeau et Elena Pikon demeurent princesse et reine de cette soirée.

    Hélène Kuttner 

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