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    Croustillantes Femmes Savantes avec Jaoui et Bacri

    2 octobre 2016
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    les-femmes-savantes-2016

    Les Femmes savantes

    De Molière

    Mise en scène de Catherine Hiégel

    Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Evelyne Buyle, Philippe Duquesne, Julie-Marie Parmentier, Catherine Ferran, Benjamin Jungers, Chloé Bertier, René Turquois, Baptiste Roussillon, Chloé Lorphelin, Thomas Harel, Thomas Keller et Olivier Lugo 

    Jusqu’à fin décembre 2016

    Du mardi au vendredi à 20h, samedi 17h et 20h45. Dimanche 16h en alternance.

    Tarifs : à partir de 13 euros.

    Réservation en ligne ou par téléphone au 01 42 08 00 32

    Durée : 2h

    Théâtre de la Porte Saint-Martin
    18 Boulevard Saint-Martin
    75010 Paris
    M° Strasbourg-St-Denis

    www.portestmartin.com

    LESFEMMESSAVANTES079PascalVictor copieJusqu’à fin décembre 2016

    C’est peu dire qu’on les attendait. Agnès Jaoui dans le rôle de Philaminte et Jean-Pierre Bacri dans celui de son époux Chrisale, entourés d’une brochette d’acteurs brillants, Evelyne Buyle, Philippe Duquesne, Catherine Ferran ou Julie-Marie Parmentier sont aujourd’hui dirigés par Catherine Hiegel, qui retrouve ses ex-camarades de la Comédie Française. Une réussite à tous points de vue qui nous permet de réentendre la pièce puissante de Molière.

    Frénésie du savoir, revanche du pouvoir

    Faut-il les plaindre, ces jeunes femmes qui s’étripent, s’écharpent autour  d’un mot ou d’une tournure de phrase qu’elles jugent vulgaire ? Le mariage ? Un esclavage grossier qui engendre « des marmots d’enfants » ! « Mariez-vous ma soeur à la philosophie » clame la précieuse Armande à sa soeur Henriette, coupable à ses yeux de céder aux « choses du ménage » et de mépriser celles de l’esprit, quand leur mère, Philaminte, dirige sa maisonnée avec une main de fer et l’esprit tout entier préoccupé de beau langage et de philosophie. Un triste sire, Trissotin, menteur et profiteur, parvient si bien à séduire ces précieuses savantes que Philaminte lui promet la main de sa fille Henriette.

    LESFEMMESSAVANTES038PascalvictorMolière visionnaire 

    Trente ans après sa mise en scène à la Comédie Française, la comédienne Catherine Hiégel remonte la dernière pièce de Molière (1672) avec splendeur. Un décor signé Goury, qui accumule avec saveur les objets les plus hétéroclites, squelette d’Autruche, mappemondes, bustes et animaux empaillés, pipettes et loupes, figure la grande pièce baignée d’une lumière solaire (Dominique Borrini). C’est l’antre de toutes les expériences, la caisse de résonance de ces cinq actes en alexandrins tramés comme des fils de dentelle, véritables morceaux d’existence arrachés au monde du XVII° siècle qui annonce le nôtre par un intense désir de libération des femmes. Les comédiennes, formidables, de Chloé Berthier (Armande) à Julie-Maire Parmentier (Henriette) donnent chair à leurs revendications, l’une dans une émancipation par la raison qui nie toute sensibilité, l’autre dans le suivi d’un ordre naturel qui guide la femme vers le mariage et la soumission à l’ordre établi des hommes. Dans le rôle de Bélise, la belle soeur, Evelyne Buyle est irrésistible en veille fille mythomane totalement allumée, tandis qu’Agnès Jaoui incarne une Philaminte ferme mais presque aimable dans sa folie féministe.

    LESFEMMESSAVANTES081 PascalVictorJean-Pierre Bacri souverain

    Avec sa présence bougonne, son allure de paysan à qui on ne la fait pas, Jean-Pierre Bacri parvient avec beaucoup de naturel, de spontanéité et de talent à rendre son personnage de mari bafoué, ligoté, attachant, drôle et sympathique. En couple avec Agnès Jaoui qui incarne Philaminte, en proie aux pièges et aux moqueries des femmes savantes, ridiculisé par Trissotin, le comédien transcende le rôle avec une évidence toute contemporaine. A ses cotés, Benjamin Jungers, transfuge de la Comédie Française, excelle dans le charme du jeune premier passionné et passionnant, tandis que Philippe Duquesne décline un Trissotin mélancolique et presque grave, clown triste à la gestuelle névrotique de petit marquis raté. Ils sont tous habillés par le grand Renato Bianchi, costumes et robes de satin raffiné et chatoyant. Pour ces comédiens de haut niveau et pour le texte de Molière revivifié, on aime ces Savantes Femmes !

    Hélène Kuttner

    [ Crédit Photos : © Pascal Victor]

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