Du grand Art – par TgStan et Dood Paard à la Bastille
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Art De Yasmina Reza Mise en scène de TgStan et Dood Paard Avec Kuno Baker, Gillis Biesheuvel et Franck Vercruyssen Du 2 au 30 juin à 20h, relâche les 11, 12, 18, 19 et 25 juin Tarifs : de 16 à 26 euros Réservation en ligne ou par tél. au 01 43 57 42 14 Durée : 1h45 Théâtre de la Bastille |
Jusqu’au 30 juin 2017
« Art » de Yasmina Reza est montée par deux collectifs qui font parler d’eux, les Belges TgStan et les Néerlandais Dood Paard. La comédie réjouissante sur l’art et l’amitié prend dans la bouche des comédiens flamands une couleur rugueuse, tonique et délestée de l’intelligentsia parisienne. En phase totale avec le public qui participe, le spectacle est un régal d’intelligence et de joyeuse vitalité qui fait du bien. Dans la pièce créée il y a une vingtaine d’années à la Comédie des Champs Elysées par Patrick Kerbrat avec Pierre Arditi, Fabrice Luchini et Pierre Vaneck, trois amis, Serge, Marc et Ivan se disputent autour de l’achat d’une toile blanche acquise par Serge 200 000 francs. Marc fulmine face au prix démesuré de cette « croute » blanche et tente de convaincre son ami qu’il s’est fait berner par la tendance de l’art contemporain qui consiste à vendre et à acheter n’importe quelle oeuvre surprenante qui épatera le bourgeois. Serge défend son choix comme un amoureux sa fiancée chèrement conquise, et demande son avis à Yvan, le troisième larron, trop piégé par son futur mariage pour émettre le moindre avis, mais qui s’efforce ici de réconcilier les deux amis. Comme toujours, la pièce se déroule en interaction avec les spectateurs, interpelés en direct par les acteurs, qui préparent leur plateau comme un ring de boxe. Kuno Bakker (Serge), Gillis Biesheuvel (Yvan) et Franck Vercruyssen (Marc) arrivent en jogging pour remorquer l’imposante toile peinte, ils règlent les lampes projecteurs sommaires qui éclairent l’action, et ils déploient la bâche plastifiée. Ils sifflotent, plaisantent avec le public, font des blagues, tandis que la radio grésille sur une émission improbable. Il n’y a ici aucun salon design, aucun canapé en velours gris qui marque le confort d’une certaine classe sociale. L’espace est un chantier bordé de mallettes, de boites à outils et de valises, celui de la déconstruction violente de l’art, de l’amitié et des repères sentimentaux. Car ces trois copains, liés par des années d’amitié complice, au fil de mariages et de divorces, vont se déchirer, se mettre dessus, se battre pour un tableau. Pour le prix que l’un a déboursé pour la toile blanche d’un peintre coté, et pour la trahison sentimentale ressentie à travers un achat si lourdement personnel, si lourd de sens. Et ils sont formidables, ces comédiens si légers et si physiques, qui habitent le texte à la manière d’une performance en direct. Kuno Baker, l’acquéreur du trophée, le traitre, celui qui s’est acheté une personnalité, un statut grâce à l’Antrios, (l’autre), jouant de ses mains gantées de blanc tel un prestidigitateur qui fait apparaître une toile magique. Gillis Biesheuvel, grand échalas dégingandé, hallucinant de maîtrise dans son monologue sur le carton d’invitation de son mariage, entre belles mères et mère, hilarant ! Franck Vercruyssen, muré dans une révolte hautaine et sans appel, regard impérieux de mâle dominateur qui peine à émanciper ses amis de son autorité. Drôles, gamins, autoritaires et fragiles, les trois personnages font revivre ce texte encore éblouissant de vérité et d’efficacité avec une liberté savoureuse. Hélène Kuttner Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Sanne Peper ] |
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