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“Hamlet” en chair et en image à l’Opéra Comique

Hélène Kuttner 18 décembre 2018
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©Vincent PONTET

Place à la technologie et au cinéma à l’opéra. Dans la Salle Favart qui brille de ses mille dorures, le metteur en scène Cyril Teste et le chef d’orchestre Louis Langrée exhument Hamlet, succès mérité d’Ambroise Thomas, par le biais d’une dimension cinématographique très actuelle. Stéphane Degout, magnifique baryton campe le héros et Sabine Devieilhe prête sa voix céleste à Ophélie, l’un des rôles les plus exigeants des sopranos.

Politique-fiction

©Vincent PONTET

Olivier Mantei, le directeur de l’Opéra Comique, aime prendre des risques, qui sont mesurés à l’aune du talent et de la notoriété des metteurs en scène. Pour faire redécouvrir Hamlet qu’Ambroise Thomas créa à l’Opéra de Paris en 1868 après l’immense succès de son « Mignon », il a fait appel au metteur en scène Cyril Teste qui signa un impressionnant « Festen » à l’Odéon en 2017 en adaptant le film de Thomas Vinterberg. Là-encore, il utilise les caméras en direct et les techniciens filment dans les coulisses la préparation des chanteurs, avant qu’ils n’entrent sur le plateau. Avec son scénographe Ramy Fischler, la cage de scène est entièrement dénudée alors que de simples cadres de bois blanc mobiles se glissent pour figurer les pièces du palais d’Elseneur. Surtout, un écran géant projette en gros plan les visages du Roi Claudius, puis d’Hamlet, pour figurer l’usurpation sanglante du pouvoir.

Pouvoir et errance humaine

©Vincent PONTET

Hamlet, qu’incarne un exceptionnel Stéphane Degout, ténébreux et sauvage à la fois, timbre puissant et riche, allié à une projection parfaite, est un jeune homme tout simple, en baskets et sweat à capuche. Dégaine libre, regard rageur, électrique, le chanteur déambule dans cet espace ouvert sur les travées de la salle d’où le choeur et le spectre de son père, campé par Jérôme Varnier, silhouette altière et voix de basse profonde, surgissent. Laurent Alvaro est un Claudius à la raideur cynique mais juste et la soprano dramatique Sylvie Brunet-Grupposo, annoncée souffrante, parvient à assurer sa partition avec un brio étonnant, puissance et majesté du timbre à l’ancienne. 

Une Ophélie mémorable

©Vincent PONTET

Dans cet environnement aux couleurs froides, glacé comme les images d’une série télévisée qui raconterait les mécanismes terribles du pouvoir, la soprano Sabine Devieilhe apparaît telle une créature de lumière, silhouette gracile et blondeur d’ange. Sa voix, sans jamais forcer, est d’une perfection technique accomplie, et l’intense émotion qu’elle place au coeur de chaque note fait de chacune de sa chanson suédoise de l’Acte IV un pur moment de grâce qui électrise le public, souffle coupé, lui offrant une ovation débridée. Dans la fosse, le généreux chef Louis Langrée dirige l’orchestre des Champs Elysées avec fougue et enthousiasme, cordes et vents fouettés et caressés, cuivres colorés et puissants, avec un saxophone, une première au 19°siècle, qui monte sur la scène aujourd’hui. Une production donc largement saluée, et dont on saluera davantage le brio des interprètes et des musiciens que l’aspect cinéma de la mise en scène qui nous a paru inutile. 

Hélène Kuttner

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