Hélène Iratchet – Festival Artdanthé 2013
Tout d’abord, Poussin n’a pas peint que des anges en état de lévitation. Dans son œuvre, le rapport au sol, sujet majeur de la danse contemporaine, est tout aussi prédominant. Et son regard sur le geste et la présence du corps est éminemment chorégraphique. Généralement chez lui, tout personnage est saisi en plein mouvement.
Mais, curieusement, Hélène Iratchet s’inspire d’un tableau spécifique, Eliezer et Rebecca, qui contredit tout ceci. Montrant des femmes autour d’un puits, en pleine conversation, dans un moment de détente, la scène est libre de toute dramatisation. Eliezer a été envoyé en Mésopotamie pour choisir une femme à marier avec Isaac et fait la connaissance de Rebecca. Les autres femmes, un brin jalouses, les observent. L’événement est entièrement dans la parole, les regards et les pensées, ce qui constitue, a priori, une contradiction flagrante avec la danse.
Cette absence de violence, de chair nue, de héros, de dieu ou d’anges donne à Iratchet une belle dose d’indépendance. Si elle s’inspire du tableau, c’est avant tout pour créer les costumes et interroger les gestes. Elle reprend, à sa manière, le jeu qui explore le mouvement entre liberté et contrainte pour guider les pas des quatre interprètes.
Trois femmes et un homme dialoguent subtilement avec l’univers du peintre, sans incarner des personnages ou raconter une histoire. Entre poses et mouvements, certaines constellations figées et quelques apparitions de la chair nue rappellent la peinture. L’ambiance est à la pureté, la sincérité, la simplicité. Avec, pourquoi pas, quelques clins d’œil à l’expérience mystique. Car le geste abstrait ne peut pas seulement accéder à la sensualité, il permet aussi de lui attribuer des sens contraires, voire contradictoires. Et ce jeu-là est jubilatoire.
Aucune lecture n’est imposée car la chorégraphe prend ses distances, volontairement ironiques, avec l’Ancien Testament et les sujets traités par Poussin. Les costumes rappelant le XVIIe siècle sont lourds à gérer pour les danseurs et intriguent le spectateur. Mais ils ne sont pas une fatalité. Dans un va-et-vient, les danseurs se libèrent, à répétition, des tissus massifs, sous lesquels ils portent des T-shirts légers. Que devient un mouvement mécanique et répétitif, quand il passe d’une situation sous la contrainte à la liberté?
Le festival Ardanthé, organisé par le Théâtre de Vanves, est l’un des plus ouverts et des plus riches de la région parisienne quand il s’agit d’explorer les ponts entre théâtre, danse et performance. Il présente, bien sûr, des artistes français de pointe, mais développe aussi des liens privilégiées avec Montréal et Amsterdam. A commencer par Hélène Iratchet qui a été l’interprète de quelques-uns des chorégraphes les plus insolites de la création actuelle, comme Gisèle Vienne, Christian Rizzo ou Thierry Baë.
Thomas Hahn
Hommage d’un demi-dimanche à un Nicolas Poussin entier
Chorégraphie : Hélène Iratchet
Danse : Clémence Galliard, Hélène Iratchet, Annabelle Pulcini et Christian Ubl
Conception costumes et maquillages : Rachel Garcia
Lumière : Yannick Fouassier
Le 23 mars à 19h30
Plein Tarif : 18€ // Tarif Réduit : 13€
Salle Panopée
11, avenue Jézéquel
92170 Vanves
M° Malakoff-Plateau de Vanves ou Corentin-Celton
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