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    Inédit : Angelin Preljocaj s’offre un premier solo, en Funambule…

    25 juin 2009
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    funambule-c3-jc-carbonne

     

    Sans en faire une règle, il faut comprendre que bien des grands y viennent un jour ou l’autre, à s’adonner au seul en scène, ou plutôt au « moi » en scène. Avec Funambule, Angelin Preljocaj ne se cache pas vraiment derrière la voix de Jean Genet, voix dont il semble au contraire se servir pour se raconter en propre. C’est que ce poème pour le moins fulgurant est une réflexion poussée en hommage à l’artiste, et c’est donc l’affinité éprouvée par le chorégraphe en regard de cette pensée qui a motivé son désir de la porter lui-même à la scène.
    Le risque était ici double : il fallait être capable d’assumer la représentation du « moi », et il fallait être capable de prendre un texte comme source originelle de laquelle faire jaillir la danse. Cette pièce peut donc surprendre et gêner encore, sans doute parce que le spectateur a toujours un a priori négatif sur une telle mise en avant de soi et d’un soi intime, mais aussi parce que l’on s’est accoutumé à ce que la danse contemporaine ne se fonde pas sur un propos dramaturgique. Le pari était donc des plus osés mais il aboutit d’un maître, d’un chorégraphe déjà consacré dont il faut admettre qu’il parvient à tout ce qu’il tente et touche avec un incontestable brio, et ce même lorsqu’il s’éloigne des sentiers battus en se faisant également metteur en scène et interprète.
    Le décor signé de la designeuse et scénographe Constance Guisset, épure d’un blanc éclatant, a quelque chose de raisonnable et d’excessif, de glacé et de chaleureux, et de contradictoire enfin. Il agit comme en écho au processus évoqué de recherche et de dépassement artistique, tout de narcissisme et d’altruisme mêlé. Dans cet univers empreint d’un caractère hypnotique, Angelin Preljocaj apparaît d’abord petit et fragile, et l’on est fasciné par son image gagnant peu à peu sur l’espace, et le dévorant doucement en mots et en mouvements.
    Tout dans l’interprétation va crescendo. Le jeu de l’acteur, timide à l’incipit, prend de l’ampleur et l’on peut même le reprocher emphatique en fin de parcours. Quant à ses déambulations, à ses gestes dansés, ils se font de plus en plus déliés, affirmés aussi. L’ensemble de sa prestation sonne magistrale. On y retrouve la qualité connue du chorégraphe d’aller en perfection, et de mélanger la légèreté du mouvement à une incisive violence. Avec lui, c’est comme si l’artiste à jamais insatisfait arrivait au numéro absolu, inespéré de perfection mais toujours vécu perfectible.
    Si l’on peut regretter la grandiloquence du Preljocaj acteur, parce qu’elle nuit un peu à l’aspect épuré de sa scénographie comme de sa chorégraphie, on reconnait l’intensité avec laquelle il fait résonner les mots de Jean Genet. Progression dans les dédales d’une intimité d’artiste, Funambule nous emporte, et Angelin Preljocaj fend l’air d’une manière inouïe. Cette création qui laisse à songer est de toute beauté.

    Christine Sanchez

    “Le Funambule”, de et par Angelin Preljocaj.

     

    Du 3 au 15 septembre


    Théâtre des Abbesses

    31 rue des Abbesses

    75018 Paris

    Métro Abbesses

    Location 01.42.74.22.77

     

    Du 23 au 27 novembre 2009
    Au Pavillon Noir – Ballet Preljocaj
    Aix-en-Provence

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