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    “Notre innocence” crie “Victoire” à la Colline

    Hélène Kuttner 18 mars 2018
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    ©Tuong Vi Nguyen

    Après le flamboyant Tous des oiseaux qui triompha dans ce même Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad y revient avec sa nouvelle création en forme de manifeste pour une jeunesse abandonnée. L’énergie chorale est intacte, les jeunes comédiens investis mais le propos beaucoup plus faible.

    Génération « fuck you »

    © Tuong Vi Nguyen

    C’est à l’issue d’un atelier qu’il a mené avec de jeunes élèves comédiens du Conservatoire d’Art Dramatique de Paris que Wajdi Mouawad, auteur, comédien et metteur en scène, à présent directeur du Théâtre national de la Colline, a décidé de faire ce spectacle avec eux. Fin 2015, l’expérience avait été marquée par les attentats du 13 novembre et par la mort soudaine d’une des jeunes étudiantes. La mort qui les accompagnait alors, la tristesse et la violence du monde, constituaient un point de départ pour crier leur révolte et leur refus de ce monde. Le spectacle, qui s’articule sur plusieurs parties – « la viande », « la chair », « le corps »… – interroge le désir de vivre et de survivre aux tragédies collectives et individuelles.

    « Victoire » au cœur de l’Histoire

    © Tuong Vi Nguyen

    « Victoire », c’est le prénom de la jeune femme qui vient de se défenestrer du haut de son HLM. L’héroïne de la fiction qui commence sous la plume de Wajdi et des 18 comédiens qui inventent cette histoire. D’elle, nous ne saurons pas grand-chose, si ce n’est qu’elle constitue le miroir projectif de ses camarades. Pourquoi ce geste fatal ? Est-ce parce que ses camarades lui ont donné un faux rendez-vous via leurs portables, s’amusant avec le réel et le virtuel aux jeux de rôle ? Est-ce sa difficulté à élever sa fille ? Toujours est-il qu’autour de ce personnage qui crie « victoire » à travers sa mort, sont évoqués les guerres, les conflits qui menèrent la jeunesse à l’abattoir : 14-18, les nazis, la guerre d’Algérie et aujourd’hui la Syrie. L’histoire répétitive des conflits et de l’absurdité des guerres percute le drame personnel, mais aussi, et c’est là que le spectacle dérive, le politique et la critique de la société de consommation.

    Travail choral

    © Tuong Vi Nguyen

    Il y a donc un gros travail collectif des jeunes comédiens sur l’aspect choral du texte proféré et adressé au public comme une harangue révolutionnaire, gueulante et frémissante. Mais pourquoi y mêler de manière si brouillonne ces reproches vindicatifs à leurs aînés de s’être arrêtés à Mai 68 pour ne se préoccuper seulement de leurs retraites ? Pourquoi ne faire des jeunes, de manière démagogique, que des victimes du système, errant passivement du sexe au portable, du Nutella aux publicités avilissantes ? Passé le choral, la danse techno débridée et l’après-soirée où chacun se lâche, en mettant en exergue son individualité, on cherche vainement le fil du spectacle qui accumule trop de lieux communs et de facilités. Wajdi, refais-nous rêver…

    Hélène Kuttner

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