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    Jonathan Capdevielle – Adishatz/Adieu

    4 avril 2011
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    ADISHATZ_012_ALAIN_MONOT

    Au départ, un solo déroutant. Jonathan, en tenue de ville, bière à la main, chante a capella tous les tubes de Madonna. Il les connaît par cœur, on sent l’adolescence et ses tourments apaisés à coups de disques dans la solitude imaginative d’une chambre.

    Derrière lui, le néant, le noir plus exactement, d’une scénographie dépouillée, plongée dans la pénombre.

    L’intimité se noue avec les spectateurs.

    C’est au cœur de ce noir que se joue le premier basculement : un coup de fil au père, resté en région sud ouest. L’incompréhension, le décalage entre la vie du patriarche campagnard et celle de son artiste de fils, débarqué à Paris, loin des racines. La mort de la mère, les difficultés à communiquer, l’impossibilité à trouver des points communs et des centres d’intérêt à deux, nous font mal au cœur, même si l’on rit. Sans être psychologique, descriptive ni anecdotique, cette conversation téléphonique, jouée par l’art ventriloque de Jonathan, nous rappelle forcément quelque chose dans notre vie à nous.

    Autre élément universel : la compassion. Elle apparaît en ce duo à une seule voix dédoublée toujours, avec cette fois la visite à un parent malade. Burlesque. Pathétique. Mieux vaut en rire, des crachats, de l’interdiction de boire et manger sous perfusion, quand on vit dans une chambre d’hôpital peut-être les derniers jours de sa vie. « Tu veux que je te chante une chanson ? » «  Non, ça va ». Evident écho loufoque à la tirade d’entrée de la pièce. Pleine de tendresse écorchée, cette séquence nous touche. Forcément.

    ADISHATZ_095_ALAIN_MONOTEnfin c’est le grand soir. Jonathan sort enfin du noir, métamorphosé en blonde torride, déhanchés lascifs à gogo sur du Lady Gaga. Magnifique. Virée en boîte de province. Copine bourrée. Déchéance. Amitié contre vents et marées. Alcool. Pleurs. Vomissements intempestifs.

    Passer du trivial au raffiné, du lourd au léger, tout un art…

    Bref : nous avons tous parfois l’impression de ne pas être sur la même longueur d’onde que nos parents, nous avons tous eu un proche malade, nous avons tous été en boîte de nuit, nous avons tous écouté Madonna…Mais peu d’entre nous savent avec ce talent de nostalgie, de tendresse, d’humour subtilement dérisoire, rendre compte de ces situations décalées.

    Un coup de maître. Vu cette saison au Centre Pompidou dans le cadre des Spectacles Vivants, au Théâtre de Vanves dans celui du festival Artdanthé, et bientôt à la MAC de Créteil. Réserver d’urgence. Devrait être remboursé par la Sécurité Sociale.

    Bérengère Alfort

    Prochainement à la MAC de Créteil 
    Les 17 et 18 mai 2011

    www.maccreteil.com

    [Visuels : Adishatz / Adieu de Jonathan Capdevielle. Crédit : Alain Monot]

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