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KREATURE : “Le drag c’est créer un personnage, une autre identité”

Léana Carradore, une jeune drag queen connue sous le nom de KREATURE, casse les stéréotypes du drag et donne de la force, en performant en totale confiance avec son handicap.  

Comment t’est venue la passion du drag ?

C’est tout simplement venu avec l’émission de téléréalité RuPaul’s Drag Race sur Netflix, et je pense que c’est le cas pour la majorité des jeunes qui font du drag aujourd’hui. Quand je suis tombée dessus, j’ai trouvé ça incroyable. Pour moi, ce n’était pas une simple émission mais une vraie source d’inspiration. Puis, la vie a fait que je me suis retrouvée à faire du drag à mon tour. 

Pourquoi avoir pris le nom de KREATURE ?

Je trouvais que KREATURE pouvait me représenter dans ma vie en général, avec ma façon de marcher. Le fait que ma démarche ne soit pas commune et qu’en plus de ça, j’aie des béquilles, ça pouvait faire penser à une créature. J’aimais bien le fait que ce soit un nom très vaste, qui symbolise tout et rien a la fois et que quoi que je fasse, je ne sois pas destinée à faire des choses en rapport avec mon nom. Parce que je trouve qu’il y a des noms qui ciblent une direction dans ton drag.

© @leiayeona

Est-ce que le fait d’être une femme cisgenre change quelque chose dans l’image du drag que peuvent avoir les gens ?

Je pense que d’un point de vue extérieur au monde du drag, oui. On me pose souvent la question : “Mais comment doit-on t’appeler ? Parce que drag queen, c’est pour les hommes”. Cela prouve que dans l’imaginaire collectif, une drag queen c’est forcement un homme qui se déguise en femme. Même si au départ effectivement, le terme drag queen voulait dire cela, je pense qu’il a totalement évolué aujourd’hui et que n’importe qui peut faire du drag. Le drag c’est créer un personnage, une autre identité, et ce qu’il y a en dessous n’est pas important.

Est-ce que ton handicap a été un frein pour commencer les performances ?

Quand Ice Drag One m’a proposé de performer, j’étais totalement déstabilisée, je n’avais pas pour but initial d’être dans la lumière, j’ai toujours préféré être dans l’ombre. Le fait que j’aie un handicap moteur et que je doive porter des béquilles, ça me paraissait tout de suite plus compliqué. Même si ça n’a jamais été un frein pour moi, l’idée de monter sur scène en béquilles me stressait parce que souvent, le drag est vu comme quelque chose de physique, avec des grands mouvements, et je ne me sentais pas capable de le faire. Mais au final, quand on s’intéresse vraiment au drag, on voit qu’il y a différentes façons de s’exprimer. Que ce soit dans l’émotion ou dans l’expérimentation. On peut très bien s’adapter, en créant une scénographie et une performance qui nous sont propres. Ma famille drag m’a beaucoup aidée par la suite, sur comment appréhender les choses, elle m’a aussi inspirée sur le plan humain, grâce à l’entraide, l’ouverture d’esprit et la bienveillance dont elle a fait preuve. Je ne remercierai jamais assez ma mère drag, Ice Drag On, d’avoir cru en moi et Chinack La Fey Drag On et Kerr Drag On, mes sœurs qui me soutiennent et m’accompagnent tous les jours. 

Soirée animal de la Baby Drag One

© @leiayeona

Veux-tu faire passer un message quand tu performes avec tes béquilles ?

Le fait d’avoir ce handicap me permet d’avoir une image plus forte et inspirante pour les personnes qui viennent me voir. Quand on me voit de l’extérieur, on pense généralement que je suis quelqu’un de vulnérable et fragile, or ce n’est pas forcément le cas. Je voudrais montrer à quel point je suis forte à travers mon personnage de drag. Je suis heureuse car souvent, des personnes viennent me voir à la fin des shows pour me dire que je les inspire et que je leur redonne confiance en eux. 

Retrouvez KREATURE sur son compte Instagram.

Propos recueillis par Adélaïde Lachenko

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