« Le Chant de la Terre » : un air de Chine au Ballet de l’Opéra de Paris
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Le Chant de la Terre Direction musicale de Patrick Lange Ténor : Burkhard Fritz en alternance avec Nikolai Schukoff Jusqu’au 12 mars 2015 Tarifs : de 12€ à 130€ Réservation en ligne Opéra Garnier |
Jusqu’au 12 mars 2015
Au Palais Garnier, des décors très sobres, des ambiances intimistes et des chorégraphies telluriques. Pour « Le Chant de la Terre » de Gustav Mahler, John Neumeier associe romantisme allemand et épure asiatique. C’est tenter la quadrature du cercle, entre pesanteur mélancolique et discrétion à la japonaise. Certes, les poèmes qu’on trouve à la base du cycle de Mahler ont été écrits par des poètes chinois du VIII siècle. Mais ils ont ensuite été traduits en allemand, puis réécrits par Hans Bethge avant d’être retravaillés par Mahler lui-même. Neumeier part sur les traces du substrat asiatique, pour le faire remonter à la surface. Son inspiration vient de dessins chinois, mais le regard occidental privilégiera toujours l’avatar nippon.
Le Ballet de l’Opéra de Paris est ici drôlement ralenti et va vers des poses proches de Mats Ek, de Pina Bausch ou Kenneth MacMillan. Le Britannique fut le premier à chorégraphier cette symphonie chantée. Ce fut il y a cinquante ans exactement, à Stuttgart, et l’un d’interprètes se nomma… John Neumeier! Quarante ans à la tête du Ballet de Hambourg lui ont permis de se défaire de cet héritage pour chorégraphier un hommage à Mahler et MacMillan en toute liberté. Et s’il en trouve finalement le courage, c’est pour achever un cercle de dix chorégraphies sur l’œuvre de Mahler. Il est vrai que le grand romantique, dix ans durant le directeur de l’Opéra de Vienne, composa dix symphonies, si l’on considère que « Le Chant de la Terre » en est une.
Du côté de cette légèreté, Lange est en parfait accord avec Neumeier, à condition qu’on parle de lui en tant que dramaturge et scénographe, rôles qu’il endosse également. Aussi il fait précéder le premier chant, celui du « Chagrin de la terre », par un prologue au piano. Les notes, prises dans la version pour piano de « L’Adieu » (Sixième chant) et assemblées par Neumeier lui-même, sont aérées comme un jardin japonais.
Et quand finalement la nuit, l’adieu et la mort avalent le jour, le trio de danseurs étoiles trouve enfin la synthèse de l’aérien et du tellurique. Mais que de champs à labourer jusque-là! Au bout du compte, cette pièce existe le plus harmonieusement dans ses moments suspendus, dans ses éclipses faites de présences diaphanes. Mais pour créer des suspensions, il faut des points d’accroche. La philosophie asiatique de ce « Le Chant de la Terre » opère donc pleinement, quitte à prendre les danseurs de l’Opéra à contre-pied. Thomas Hahn [Photos : © Ann Ray] |
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La pièce se scinde en deux. D’une part, ses silences et longues respirations, sublimement habités par les danseurs dans des tableaux stylisés, mimés et d’une blancheur très poétique. D’autre part, les danses, du solo pour « Homme Ivre au Printemps » (Cinquième chant) aux groupes de filles et de garçons qui s’observent ou se traversent (« De la Beauté », Quatrième chant), où de fait c’est le sol lui-même qui se met à danser. D’où les teintes très nature des costumes.
Pour rester au plus près de l’esprit transalpin, l’Opéra de Paris a invité non seulement Neumeier, mais aussi le chef d’orchestre allemand qui monte irrésistiblement: Patrick Lange. Mais celui-ci est connu pour aller, joyeusement, à contre-courant. Ici il semble vouloir nous dire: Regardez, ou plutôt: écoutez, Mahler n’est pas aussi tellurique et sombre que vous le pensiez! En avant, les flûtes et les violons, en retrait, les fagots et contrebasses! Les résultats n’a rien à voir avec l’opulence et la lourdeur des interprétations habituelles. La terre se fait diaphane, et les chanteurs (Burkhard Fritz, ténor: Paul Armin Edelmann, baryton) sont sur la même longueur d’ondes.
Tout commence donc par la fin. La première note, qui suit un long silence contemplatif, réveille le buveur (Mathieu Ganio) sur sa pelouse en pente. Il rêve d’un elfe séduisant qui apparaît aussitôt (Laetitia Pujol). Au fond, une lune en constante transformation apparaît sous forme de bol de riz pour devenir un œil géant et puis une longue éclipse. Au plafond, un énorme panneau rectangulaire, tel un lac inversé, devient miroir réfléchissant dès que la nuit cède la place au jour. 



