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    “La Cerisaie” ou la mémoire du monde à la Tempête

    Hélène Kuttner 11 juin 2026
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    ©Thierry-Laporte

    Au Théâtre de la Tempête, Aurélie Van Den Daele, directrice du Théâtre de l’Union-CDN du Limousin, met en scène un joyau du théâtre mondial, la dernière œuvre d’Anton Tchekhov, « La Cerisaie ». Malgré de belles intentions et l’engagement des comédiens, la simplicité du propos sur le deuil est parasitée par des rajouts et des commentaires peu utiles. Dommage.

    Notre « Cerisaie » à tous

    Une œuvre se suffit-elle à elle-même ? Une pièce de théâtre, mise en scène depuis 120 ans par les plus grands metteurs en scène, a t-elle besoin de rajouts, de commentaires, d’explications pédagogiques ? L’enthousiasme et la passion d’Aurélie Van Den Daele ont porté la vision théâtrale qu’elle propose avec une bande d’acteurs vibrants, investis, et l’amour que l’on peut porter à un texte qui fonctionne à la manière d’un inconscient collectif. Une histoire de rupture familiale, de nostalgie d’un paradis perdu, mais aussi une histoire de deuil, la perte d’un enfant et l’exil qui en découle. Le projet en est louable d’autant que la metteuse en scène installe le premier acte dans un espace dénudé, cerné de rideaux en voile, où demeurent ça et là quelques meubles d’une chambre d’enfant. Nous sommes dans la maison de Lioubov Endreïevna, située dans le domaine ancestral d’une superbe cerisaie. Un lieu en déshérence, déserté par ses propriétaires et qui va constituer le terreau d’un traumatisme.

    ©Thierry-Laporte

    Changement de siècle

    La belle et fantasque Lioubov a perdu il y a cinq ans son jeune fils, qui s’est noyé. Folle de chagrin, elle a quitté la Russie avec son amant pour s’installer à Paris. La pièce s’ouvre avec l’attente du retour de cette femme fatale, dont le train a deux heures de retard. Son frère. Gaïev, sa fille adoptive Varia, Douniacha sa domestique, Epikhodov le comptable, Pitchik un propriétaire voisin sans le sou, Firs, le vieux domestique et Lopakhine, un riche marchand d’origine très modeste, l’attendent. Mais les nouvelles ne sont pas bonnes : le domaine va être vendu, les dettes sont insurmontables, un monde va s’écrouler. Seul Lopakhine, ancien « moujik », dont le père a été serf, profitera de la vente pour racheter la propriété, raser la superbe cerisaie pour y faire construire des « datcha », des résidences d’été pour riches vacanciers.

    ©Thierry-Laporte

    Trop plein d’idées

    Dès lors, tenant une pièce qui se suffit largement à elle-même, pourquoi avoir rajouté un prologue avant que la pièce ne commence, des digressions entre les scènes et un épilogue qui brouille le sens et la simplicité de la fin, lorsque le vieux Firs se retrouve seul et oublié de tous ? L’énergie, le talent des acteurs n’est pas en cause et il faut saluer la droiture généreuse d’Océane Court-Mallaroni dans le rôle de Douniacha, la rage vengeresse de Sidney Ali Mehelleb dans celui de Lopakhine, alors que l’interprétation de Marie-Sohna Condé (Lioubov) et Gurshad Shaheman (Gaïev) ratent la cible de l’émotion déchirante. Les lumières des néons disco, la musique de la fête, les chansons nous entraînent dans d’autres univers qui nous éloignent de la mélancolie tchekhovienne, avec des interactions de Charlotte, la gouvernante magicienne, qui vient faire tirer les cartes dans le public. Des idées, des chansons, des digressions, il y en a beaucoup dans ce spectacle qui est nourri d’une joyeuse vitalité. Sans doute aurait-il fallu davantage faire confiance à l’œuvre originale, qui reste très puissante.

    Hélène Kuttner 

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