0 Shares 3236 Views

“La Collection” : un Pinter magnétique aux Bouffes du Nord

16 mars 2019
3236 Vues

©Gwendal-Le-Flem-

Ludovic Lagarde met en scène un quatuor éblouissant d’acteurs dans une sombre histoire d’adultère rêvé ou réel, dont le fantasme alimente deux couples. Un polar signé Pinter monté dans une superbe esthétique sixties qui fait vaciller la vérité et le mensonge de manière saisissante.  

Quand James rencontre Bill

© Gwendal Le Flem

Mettre en scène le théâtre du Britannique Harold Pinter, prix Nobel de littérature en 2005, est souvent bien périlleux. L’époque qui le date, les années 1960, et l’absurde qui le caractérise en font parfois un objet théâtral bizarre, ennuyeux. Rien de tel, au contraire, dans le superbe spectacle de Ludovic Lagarde qui a choisi de retraduire la pièce avec Olivier Cadiot. Dans une langue actualisée, mais un décor ultra design, déroulant en fond de scène l’escalier étourdissant d’un loft de Londres, la pièce retrouve une vigueur nouvelle, entre vaudeville trash et film policier noir signé Hitchcock. La musique, sidérale et angoissante, plonge d’ailleurs le spectateur dans une tension dérangeante, un suspense tragicomique.

Érotisme glacé

© Gwendal Le Flem

L’intelligence de la mise en scène est de placer côte à côte les deux appartements, celui de Stella et James à Chelsea, blanc polaire, et celui de Bill et Harry, noir comme une tombe. On suit donc simultanément l’évolution des deux couples, Harry et Bill, qui est harcelé par James, le mari de Stella, tous les quatre dans le milieu de la mode. Pourquoi James débarque-t-il pour harceler Bill, visiblement homosexuel, mais dont il imagine qu’il est l’amant de sa femme ? Quand Bill bascule lui-même dans le fantasme de l’adultère, on navigue en eaux troubles entre vérité et illusion, d’autant que l’on retrouve Stella alanguie, semblant avouer à son époux une relation extraconjugale. Fantasme-t-elle ? Qui croire ? Bill ou James ? Et Harry, quel est son rôle dans l’histoire ?

Au cœur du théâtre

© Gwendal Le Flem

Dans ce spectacle, tout est jeu, et tout est danger, en même temps que sarcasme, et c’est cela qui est très beau. Les comédiens se lancent dans un vertige qu’ils contrôlent avec un art consommé de la corde raide. Mathieu Amalric (Harry) renard alcoolisé et séducteur en diable derrière ses lunettes aux verres troubles, Micha Lescot (Bill) éphèbe roux au corps gracieux de félin, prêt à vivre toutes les expériences, Laurent Poitrenaux (James) procureur ivre de vérité jusqu’à la folie et Valérie Dashwood (Stella) femme fatale et léonine par qui tout arrive. Ils sont tous les quatre magnifiques de présence et de précision scénique. Un sacré moment de théâtre.

Hélène Kuttner

En ce moment

Articles liés

Ce week-end à Paris… du 6 au 8 février
Art
576 vues

Ce week-end à Paris… du 6 au 8 février

Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 6 février...

L’Athénée présente une soirée cabaret sur le thème des Sept Péchés Capitaux
Agenda
167 vues

L’Athénée présente une soirée cabaret sur le thème des Sept Péchés Capitaux

Amies de longue date, la mezzo-soprano Fleur Barron et la soprano Axelle Fanyo se retrouvent à l’Athénée pour une soirée dédiée au cabaret, sur le thème des sept péchés capitaux. A leurs côtés, le pianiste Julius Drake, habitué des...

Le spectacle musical “Brassens, l’amour des mots” à retrouver à La Scène Libre
Agenda
211 vues

Le spectacle musical “Brassens, l’amour des mots” à retrouver à La Scène Libre

Georges Brassens revient sur scène. Pas pour raconter sa vie, mais pour nous ouvrir la porte de son atelier intérieur : un lieu de liberté, d’humour, de poésie et de fraternité, où les mots se cherchent, se heurtent, se répondent et...