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“La Collection” : un Pinter magnétique aux Bouffes du Nord

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Ludovic Lagarde met en scène un quatuor éblouissant d’acteurs dans une sombre histoire d’adultère rêvé ou réel, dont le fantasme alimente deux couples. Un polar signé Pinter monté dans une superbe esthétique sixties qui fait vaciller la vérité et le mensonge de manière saisissante.  

Quand James rencontre Bill

© Gwendal Le Flem

Mettre en scène le théâtre du Britannique Harold Pinter, prix Nobel de littérature en 2005, est souvent bien périlleux. L’époque qui le date, les années 1960, et l’absurde qui le caractérise en font parfois un objet théâtral bizarre, ennuyeux. Rien de tel, au contraire, dans le superbe spectacle de Ludovic Lagarde qui a choisi de retraduire la pièce avec Olivier Cadiot. Dans une langue actualisée, mais un décor ultra design, déroulant en fond de scène l’escalier étourdissant d’un loft de Londres, la pièce retrouve une vigueur nouvelle, entre vaudeville trash et film policier noir signé Hitchcock. La musique, sidérale et angoissante, plonge d’ailleurs le spectateur dans une tension dérangeante, un suspense tragicomique.

Érotisme glacé

© Gwendal Le Flem

L’intelligence de la mise en scène est de placer côte à côte les deux appartements, celui de Stella et James à Chelsea, blanc polaire, et celui de Bill et Harry, noir comme une tombe. On suit donc simultanément l’évolution des deux couples, Harry et Bill, qui est harcelé par James, le mari de Stella, tous les quatre dans le milieu de la mode. Pourquoi James débarque-t-il pour harceler Bill, visiblement homosexuel, mais dont il imagine qu’il est l’amant de sa femme ? Quand Bill bascule lui-même dans le fantasme de l’adultère, on navigue en eaux troubles entre vérité et illusion, d’autant que l’on retrouve Stella alanguie, semblant avouer à son époux une relation extraconjugale. Fantasme-t-elle ? Qui croire ? Bill ou James ? Et Harry, quel est son rôle dans l’histoire ?

Au cœur du théâtre

© Gwendal Le Flem

Dans ce spectacle, tout est jeu, et tout est danger, en même temps que sarcasme, et c’est cela qui est très beau. Les comédiens se lancent dans un vertige qu’ils contrôlent avec un art consommé de la corde raide. Mathieu Amalric (Harry) renard alcoolisé et séducteur en diable derrière ses lunettes aux verres troubles, Micha Lescot (Bill) éphèbe roux au corps gracieux de félin, prêt à vivre toutes les expériences, Laurent Poitrenaux (James) procureur ivre de vérité jusqu’à la folie et Valérie Dashwood (Stella) femme fatale et léonine par qui tout arrive. Ils sont tous les quatre magnifiques de présence et de précision scénique. Un sacré moment de théâtre.

Hélène Kuttner

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