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La comédie musicale « Chicago » à Paris !

Sarah Meneghello 17 décembre 2018
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Chicago-bob-fosse-Mogador-Stage Entertainment

© Stage Entertainment

Glamour et jazzy, humour et élégance : la comédie musicale présentée à Mogador est une réussite parce qu’au-delà du show impeccable, des sujets toujours d’actualité y sont traités, non sans une certaine profondeur. 

Record de longévité à Broadway

Créée en 1975, la mythique comédie musicale de Bob Fosse est à l’affiche depuis vingt-deux ans qu’elle a été relancée à New York. L’histoire de l’un des premiers grands procès médiatisés aux États-Unis a aussi été rendue célèbre grâce au cinéma, notamment le film de Rob Marshall (2002) avec Catherine Zeta-Jones et Richard Gere. Produite dans 35 pays et traduite dans 12 langues, Chicago a de nouveau débarqué au Théâtre Mogador, dans une nouvelle version et distribution après l’adaptation présentée au Casino de Paris en 2004.

Voilà donc l’occasion de se plonger dans le Chicago des années 1920 et l’ambiance sulfureuse de cette histoire tirée d’un fait divers : Roxie, une ancienne artiste de cabaret, a tué son amant. En prison, elle côtoie son idole, Velma, double meurtrière malgré son succès sur les plus grandes scènes. Pour s’en sortir – et surtout faire la une des journaux – elles sont prêtes à tout. Droit dans ses bottes et surtout filou de première, l’avocat véreux Billy Flynn appâte les médias en transformant ses clientes en victimes au destin tragique. Et ça marche ! Malgré les trahisons ou les rivalités, les belles seront finalement acquittées et le show pourra continuer.

Chicago-Bob-Fosse © Stage Entertainment - copie

© Stage Entertainment

Adultère, mensonges, gloire et show

En 1924, les Américains se sont réellement passionnés pour cette histoire de deux filles scandaleuses de l’Illinois. Un siècle plus tard, les thèmes restent d’actualité : les inégalités hommes / femmes, la justice… injuste, la quête de célébrité et la manipulation des médias.

Au-delà du show, la dénonciation d’une « Amérique vénale et brutale, n’est pas sans rappeler celle de Trump », comme l’a précisé Olivier Lazzarini, directeur marketing chez Stage Entertainment et présentateur de la soirée de lancement. En effet, l’allusion à la peine de mort, à la pudibonderie et à la presse à sensations font ici bien écho avec notre époque.

Hot niveau !

Intrigue policière bien ficelée, chorégraphies originales de Bob Fosse reprises par Ann Reinking, mise en scène parfaitement réglée, orchestre jazzy entraînant, sensualité torride, humour subtile… La recette est gagnante ! On comprend pourquoi Chicago a remporté six Tony Awards aux États-Unis. La version sophistiquée de Mogador rencontre aussi un franc succès.

D’abord, la distribution est impeccable : Sofia Essaïdi incarne la brune (Velma) et Carien Keizer (ex-meneuse de revue au Lido) tient le rôle de Roxie, la blonde qui vole finalement la vedette à Velma. Toutes deux ont beaucoup de talent, une technique irréprochable. La séquence où Roxie se laisse manipuler comme une marionnette est impressionnante. Jean-Luc Guizonne, qui interprète Billy, a également beaucoup de charisme. Il est irrésistible, exactement ce qu’il faut pour ce rôle. Pierre Samuel (le mari de Roxie) est touchant et drôle, tandis que Sandrine Seubille (Mama Morton, la matrone) est convaincante. Encore une fois, à l’image de leur personnage.

Enfin, la troupe de danseurs est excellente. D’une grande précision. L’entrée de Billy, où les éventails de plumes d’autruches se transforment en coquilles, est une scène d’anthologie. Le tango des taulardes et la prestation des boys sont remarquables. Personne ne boude son plaisir car les hommes sont aussi sexy que les femmes. D’ailleurs, relevons au passage la qualité des costumes.

Le fond de scène est entièrement occupé par l’orchestre, excellent. Ainsi, on est d’emblée plongé dans l’ambiance de cabaret. Ni prison, ni tribunal ne sont représentés. Les scènes de la conférence de presse ou de l’audience sont de formidables mises en abyme, car tout se joue en live et en musique.

Certains regretteront la traduction en français, surtout des chansons. Ainsi, le fameux titre d’ouverture « All That Jazz », est traduit par « Faut qu’ça jazze ». Mais cela contribue à la compréhension de l’intrigue, qui n’est en rien complexe, peut-être surprenante pour les amateurs de comédies musicales légères.

Et, au-delà du haut niveau de cette production, c’est précisément ce qui nous a plu : le choix de traiter de sujets graves de façon décalée, par une satire non dénuée de profondeur, où les personnages révèlent plusieurs facettes. Une mise en abyme presque vertigineuse !

Sarah Meneghello

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Succès des comédies musicales à Paris, par Sarah Meneghello

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