“La Cuisse du steward” : à déguster sans tarder !
© Giovanni Cittadini Cesi
Reprise d’une pièce créée en 1990 avec Jacqueline Maillan, cette nouvelle production mise en scène par la comédienne Joséphine de Meaux et la philosophe Mériam Korichi, entourées d’une brochette de très bons comédiens, est une réjouissante mise en bouche et en rire de nos petits désastres anthropophages. Un délicieux hommage à l’auteur Jean-Michel Ribes, qui achève en ce moment sa dernière saison au Théâtre du Rond-Point.
Vaudeville à 3600 m d’altitude
Jean-Michel Ribes aime tordre le réel et transformer les situations les plus dramatiques en comédies grinçantes. Ses pièces se saisissent de l’actualité, plus ou moins anecdotique, parfois très politique, pour en extraire l’amertume d’un rire rabelaisien, dénué de tout contrôle moral, mais gorgé d’humanité, de liberté et de fantaisie. En octobre 1972, un avion uruguayen à destination de Santiago du Chili s’écrase sur un glacier de la Cordillère des Andes avec 45 personnes à bord, pour la plupart des étudiants et des joueurs de rugby d’une équipe universitaire venus pour disputer un match au Chili. L’histoire retient qu’en raison de conditions climatiques difficiles et des constantes chutes de neige, les secours abandonnent leurs recherches après une dizaine de jours, mais que des survivants parviennent à se retrancher, en raison du froid extrême, dans la carcasse de l’appareil. Seize personnes survivront, ayant conclu la possibilité, avec les autres passagers et dans un geste de survie, qu’ils pourront se nourrir de la chair des corps préservés par le froid.
La force du théâtre
Dans la pièce, au milieu d’un épais manteau de mousse diaphane, neige céleste qui ressemble à un nuage de paradis (belle scénographie de Constance Arizzoli) Yvonne Barnette, jouée par l’explosive Joséphine de Meaux, tente d’organiser son campement en altitude. Cette bourgeoise provinciale, tenancière d’un salon de thé, a décidé de recomposer une autre réalité avec une bonne humeur et une énergie dévastatrice, organisant la cuisson des paquets d’amandes congelés, créant des vêtements avec des bouts de mousse des fauteuils d’avion, et dirigeant son râleur de mari avec une baguette et un bagout incompressible. Jean-Luc Vincent, qui joue Lionel le mari, emmitouflé de vêtements aux couleurs pétantes, ne peut stopper la douce folie de son épouse allumée par le grand froid et prend le parti de bouder. Sauf quand la faim qui le taraude le fait songer à réchauffer la cuisse athlétique du steward pour leur prochain repas, alors que sa femme aurait souhaité garder cette chair musculeuse pour leur prochain Noël !
Desperados
Mais l’ennui conjugal est vite balayé par l’arrivée surprenante de deux autres rescapés, Toups, incarné par Bastien Ehouzan, et Bob, Robert Hatisi, un idéologue révolutionnaire du Putchicador et son compositeur fétiche, qui fourniront à Yvonne l’illusion d’une cause à défendre, d’un monde à reconstruire, ce qu’elle fera dans une seconde partie de la pièce en forme de parodie d’utopie sud-américaine, entre jungle amazonienne et divas réincarnées en oiseaux géants avec chansons à l’appui. La réussite de ce spectacle en forme de bande dessinée vivante tient ici à la qualité du jeu des acteurs qui servent avec une belle énergie, un talent inventif, le texte dans une mise en scène aussi malicieuse que provocante. Issus pour certains d’un compagnonnage avec la troupe Les Chiens de Navarre, tous les artistes signent ici un moment de fête, du jeu et de la fantaisie, une ode à la liberté physique et à la dérision. Un souffle de créativité à saluer.
Hélène Kuttner
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