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« La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob » : fait divers tragique sur fond de guerre au Proche-Orient

Hélène Kuttner 14 janvier 2026
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©Fabienne Rappeneau

Pour sa dernière création, Jean-Philippe Daguerre, auteur et metteur en scène prolixe, couronné de neuf Molière, s’attaque à l’histoire de Danielle Cravenne, femme du célèbre attaché de presse qui a assuré la production du film Les aventures de Rabbi Jacob. Pour empêcher la sortie d’un film qu’elle juge néfaste et caricatural dans le contexte de la guerre de Kippour en 1973, la jeune femme réussit à détourner un avion en revendiquant des actions de réconciliation entre juifs et arabes, avant d’être froidement abattue par la police. Du théâtre plus que réel, incarné par d’excellents acteurs, mais qui manque de souffle dramatique. 

Louis de Funès chez les Cravenne

©Fabienne Rappeneau

Comment raconter l’épisode le plus fou et le plus tragique survenu dans les années 1970, endeuillant le milieu cinématographique et politique et mettant gravement en cause le meurtre d’une innocente par la police française ? Et pourquoi cette jeune femme de 35 ans, épouse extravagante de Georges Cravenne, mère de deux enfants, a t-elle glissé dans un sac de voyage une carabine 22 long rifle avant de détourner un Boeing 727 qui effectuait le trajet Paris-Nice, avec l’intention de forcer le pilote à atterrir au Caire, en ayant auparavant fait évacuer au sol tous les passagers ? C’est justement l’incroyable histoire de ce piratage rocambolesque, et la gravité d’une mort causée pour rien, alors que la menace ne semblait pas avérée, en plein conflit israélo-palestinien, qui a poussé l’auteur et metteur en scène Jean-Philippe Daguerre à écrire un roman, publié chez Albin Michel, puis de l’adapter pour la scène, avec la maestria du scénographe et vidéaste Narcisse. Nous voici donc dans un restaurant, lors de la première rencontre entre le très connu Georges Cravenne, alias Joseph Cohen, ami des stars et amoureux du cinéma, et la jolie Danielle, beaucoup plus jeune que lui, et dont il va rapidement faire son épouse. Sur un côté de la scène, un personnage, l’acteur Louis de Funès, grimace et échauffe ses mimiques dans l’éventualité du tournage d’un film qui va défrayer l’époque, Les Aventures de Rabbi Jacob.

Succession de décors dans une époque chahutée

©Fabienne Rappeneau

De la première rencontre à l’appartement des Cravenne qui domine Paris, des studios de cinéma d’Aubervilliers où se prépare le truculent film de Gérard Oury au bureau de la célèbre psychanalyste Françoise Dolto, nous traversons les lieux et les époques, en pénétrant même au Ministère de l’Intérieur dont Raymond Marcellin, ministre tristement appelé « Raymond la matraque » en raison de ses idées ultra-répressives, tient les rênes d’une main de fer. L’artiste Narcisse a créé des images numériques extrêmement astucieuses qui apparaissent et disparaissent au fil des différentes scènes, comme au cinéma. La bande son et la musique d’Olivier Daguerre signent des ambiances mondaines, feutrées ou politiquement très marquées, des extraits du journal télévisé avec Jean-Pierre Elkabbach et des reportages au Proche Orient imprègnent l’ambiance d’un conflit qui s’embrase de manière fulgurante et dont les répercussions en France sont à craindre. Dans le rôle de Danielle Craven et de son époux, Charlotte Matzneff et Bernard Malaka rivalisent de talent et de sincérité, d’autant que la pathologie maniaco-dépressive de l’héroïne prend de plus en plus d’ampleur, permettant à la comédienne de plonger progressivement dans une cruelle descente vers l’enfer.

La bombe cinématographique de Rabbi Jacob

©Fabienne Rappeneau

Dans le rôle de Louis de Funès, Julien Cigana tente l’impossible, mais en imitant le modèle de manière si proche, ne parvient pas à nous surprendre totalement. Bruno Paviot, qui incarne le ministre Marcellin, Elisa Habibi et Balthazar Gouzou complètent cette distribution en jouant plusieurs rôles dans cette galerie de personnages emblématiques, nous plongeant dans les affres d’une famille dysfonctionnelle et d’une société morcelée, qui va saluer de manière quasi-unanime la sortie d’un film culte, qui défie totalement les règles de l’art et du « politiquement correct ». Dans l’une des scènes les plus intéressantes de la pièce, nous assistons à une projection d’équipe de « Rabbi Jacob », avant de le soumettre à un échantillon de public. A l’époque, seul Cravenne semblait satisfait alors que personne ne riait dans l’équipe. On connait la suite et le succès délirant du film. Reste que le spectacle, si soigné dans la mise en scène et écrit soit-il, manque de souffle dramatique et souffre de longueurs qui s’apparente trop au récit romanesque, malgré la qualité des comédiens. Peut-être devra-t il trouver progressivement son rythme de croisière.

Hélène Kuttner 

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