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“L’Art du théâtre” et “De mes propres mains” au Rond-Point, vie et mort

© Giovanni Cittadini Cesi

Deux monologues de Pascal Rambert se succèdent, interprétés par le comédien Arthur Nauzyciel. Le premier est celui d’un acteur qui parle de son métier à son chien, le second est celui d’un homme qui veut se suicider.

Dans L’Art du théâtre, Arthur Nauzyciel partage le plateau avec Elboy, un chien Terre-Neuve massif et placide, au pelage noir épais. Arthur Nauzyciel s’adresse uniquement à lui, le chien, qui de toute évidence ressemble à un brave ours, tandis que le comédien apparemment inoffensif ne manque pas de mordant. Le comédien est en tenue de sport, claquettes aux pieds. Il arpente un plateau blanc, comme Pascal Rambert y recourt souvent dans ses mises en scène. Une réflexion quelque peu bouffonne sur l’art du comédien se met alors en place, exprimant la puissance de feu qu’il représente mais égratignant aussi avec férocité les styles actuels, genres officiels relayés par des metteurs en scène qui ici en prennent pour leur grade.

© Giovanni Cittadini Cesi

L’art du comédien est ausculté, critiqué et aimé. Véritable machine de guerre, explosive mais aussi déclencheuse de flammes grandioses, cet art est ainsi décortiqué à pas lents, au rythme du chien qui paraît partager l’interrogation à sa manière, tantôt se désaltérant avec nonchalance, tantôt se déplaçant avec un flegme pataud. Le chien ne parle-t-il pas à travers son souffle ? Et un comédien qui obéit à un directeur d’acteurs n’est-il pas aussi docile qu’un chien aplati ? Des comparaisons non sans humour s’égrènent. À travers Elboy qui suscite des rires et de la sympathie, démonstration est faite qu’une simple présence sur un plateau vide fait surgir un autre rapport au temps et de multiples questions philosophiques que Diogène et son chien posaient déjà avec un détachement similaire.

Dans le second monologue, après le départ du chien et le passage consciencieux d’une serpillière par un homme chargé de nettoyer le plateau, Arthur Nauzyciel endosse cette fois le cri d’un homme au bord du gouffre. Il a changé de pantalon et de chaussures sous nos yeux, sortant les vêtements d’un petit frigidaire blanc comme le plateau. Arthur Nauzyciel se campe sur la scène dans une immobilité nerveuse et il déroule une logorrhée rapide, suffocante, crispée, urgente. En position fixe mais les membres tremblants, il est littéralement accroché au verbe. Il s’adresse pèle-mêle à maints interlocuteurs que le spectateur ne peut discerner tant le débit de paroles est rapide. L’impatience de la rencontre du coup mortel monte avec fièvre et Arthur Nauzyciel ne manque pas de virtuosité pour proférer ce flot verbal dense, proche du cri animal qu’aurait pu émettre Elboy. Les deux monologues écrits par Pascal Rambert à des années de distance pointent les deux extrémités des possibles qui sont exacerbés sur un plateau de théâtre : un surplus de vie tout autant qu’une approche de la mort.

Émilie Darlier-Bournat

 

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