Le Chat : un couple qui a du chien au Théâtre de l’Atelier
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Le Chat D’après Georges Simenon Mise en scène de Didier Long Avec Myriam Boyer et Jean Benguigui A partir du 6 septembre 2016 – Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h |
Lorsque, sous les yeux de Marguerite, un espace du souvenir s’ouvre, tel une trappe, échappatoire salutaire, la portière du placard, claquée par Émile, la referme avec violence. Le nœud de la dramaturgie est bien là, matérialisé parfaitement par une scénographie percutante. Marguerite a le cœur fragile. Sentimentale, idéaliste, prude et maniérée, telle Emma Bovary, cette veuve d’un musicien ne fait pas le deuil d’un passé qui l’habite. Émile, son plombier, depuis la mort de sa femme Adèle, vit seul avec son chat. Marguerite lui propose d’ « unir leurs solitudes » afin de protéger la maison familiale de la destruction. Car cette patrie perdue, d’où surgissent violon, livres, a laissé place à une fenêtre ouverte sur la destruction. Le quartier est en chantier ; grues, bruits métalliques résonnent telle la respiration de ce monstre dévorant du temps qui ne laisse rien dans son sillage. Comme chien et chat Émile et Marguerite étaient voués à se rencontrer, à cohabiter, mais également à se haïr. Entre l’idéalisme d’un passé cristallisé et la réalité amère et brute du présent qui prend le visage d’Emile, la guerre devait éclater. Lorsque celui-ci retrouve son chat, Joseph, mort, l’engrenage sans retour se met en branle. Désespéré, le vieil homme se venge sur le perroquet de Marguerite. Mais le rêve évanoui résiste. Et la cruelle réalité menace. Le couple s’affronte dans une égalité
Fenêtre ouverte sur la destruction du quartier ; l’extérieur menaçant envahit la maison de marguerite. Les écrans et les trappes révèlent des espaces surprises. Des « ailleurs » surgissant qui démontrent que la scène ne se joue pas seulement au présent mais à travers diverses époques qui se télescopent.
Tous les ingrédients d’une bonne mise en scène Myriam Boyer et Jean Benguigui livrent une performance étonnante de finesse, de justesse et de théâtralité. Les comédiens habitent leurs personnages avec singularité et présence. La scène du repas, travail exceptionnel sur les corps, au rythme d’un silence électrisé de tension dramatique, est sans doute la plus marquante. Repas à couteaux tirés, maniement des couverts telles des armes de mort, clinquement métalliques (à la manière du Souper de Jean-Claude Brisville mis en scène par Daniel Benoin) assimilables à des bruits d’armes. Tous les ingrédients d’une excellente mise en scène sont réunis. Ce spectacle n’a pas fini de faire parler de lui.
Jeanne Rolland |
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