Aller au contenu
0 Shares 308 Views

    En ce moment

    “Le Legs” : une pépite théâtrale

    Hélène Kuttner 27 septembre 2026
    308 Vues

    © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

    Au Studio-Théâtre de la Comédie Française, Aurélien Hamard-Padis met en scène un bijou théâtral, un chassé-croisé entre six personnages qui réclament autant l’argent que l’amour. Interprétée de manière étourdissante, cette courte pièce du génial Marivaux est à ne rater sous aucun prétexte.

    Un mariage qui rapporte 6 millions d’euros !

    Dans la société française du 18° siècle, les nobles se mariaient en raison de leur fortune, et le capitalisme naissant encourageait les fortunes à s’épanouir au rythme des mariages et des héritages. Spécialiste des relations amoureuses, Marivaux, écrivain philosophe et sociologue, se délecte à peindre d’une plume allègre et acide le manège extravagant de ses contemporains entre les histoires de coeur, les affaires d’argent, au milieu de femmes décidées à assumer leur liberté et leurs désirs, face à des hommes qui semblent composer tant bien que mal. Dans la pièce, le testament d’un parent lointain lègue à un marquis 6 millions d’euros s’il épouse Hortense, une jeune femme. Dans le cas contraire, et s’il refuse de l’épouser, il doit lui léguer deux millions et en garder les quatre millions restants. Le hic, c’est que chacun des deux, le Marquis et Hortense, sont déjà amoureux de quelqu’un d’autre. Le Marquis aime une Comtesse, veuve, et Hortense un Chevalier, beaucoup moins fortuné. Quand la pièce débute, les dés sont jetés et les personnages courent après d’impossibles contradictions.

    © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

    Le pouvoir fou du langage 

    Dans un décor aux motifs végétaux de Salma Bordes, toiles fines envahies de plantes tropicales, parsemé de canapés en velours bleu vert, aux formes utérines, Julie Sicard incarne de manière fabuleuse cette Comtesse éprise en silence, qui reçoit chez elle, à la campagne, son amie Hortense (Claire de La Rüe du Can), le Marquis, incarné par le formidable Nicolas Chupin, ainsi que leurs domestiques Lisette, la suivante de la Comtesse, que joue l’excellente Jennifer Decker, et Lépine, le valet du Marquis, campé avec humour par Baptiste Chabauty. Demeure, un peu esseulé, lunaire, le Chevalier amoureux d’Hortense, interprété par Alexis Joly. Si le décor ensorcelle par une douceur presque perverse, que la musique d’Antoine Richard, subtilement inspirée de Jean-Sébastien Bach, prend des couleurs étranges, l’action précipite de manière brutale les personnages au coeur de leurs dilèmmes. Et la parole ici prend le pouvoir de tout abattre, elle domine et fait peur. Parole dominante d’Hortense, qui ne supporte pas les atermoiements du Marquis, et tente par son domestique de le pousser vers la Comtesse, bien qu’elle enrage de ne pas profiter du juteux legs conditionné par le mariage. Mais aussi parole enragée du Marquis, gonflée d’orgueil masculin, brûlante d’amour pour la Comtesse, qui attend de lui des clarifications et s’empêche elle aussi de se déclarer. 

    © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

    Folie du mensonge, peur de la vérité

    Chacun, noble ou domestique, défend ses intérêts avec des mots, mais le passage à l’acte, se révèle trop périlleux. Mensonges et faux-semblants, ruses et machinations pousseront ainsi les personnages vers la folie, et il leur faudra se tenir au bord du précipice pour réaliser enfin qu’ils sont en train de tout perdre. La mise en scène vive et moderne d’Aurélien Hamard-Padis, qui avait déjà signé celle du Moche de Marius Von Mayenburg la saison dernière, impulse une vivacité sincère à chacun des personnages. Les échanges feutrés tournent rapidement au vinaigre, on se dispute et se lance des invectives, la langue brûle et les cœurs s’enflamment. Jouissance et frustration se succèdent. On oublie presque que la pièce a été représentée en 1736, il y a presque trois cents ans !  Aujourd’hui, ce bijou, écrit dans une langue superbe, redevient vivace, grâce à cette savoureuse production.

    Hélène Kuttner 

    En ce moment

    Articles liés

    Ce week-end à Paris… du 9 au 11 octobre
    Art
    44 vues

    Ce week-end à Paris… du 9 au 11 octobre

    Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours… ! Vendredi 9 octobre...

    “La groupie du futur”, le spectacle d’anticipation de Madame Arthur
    Agenda
    27 vues

    “La groupie du futur”, le spectacle d’anticipation de Madame Arthur

    Dans les années 80, quand on lui parlait du futur, Madame Arthur s’imaginait dans une voiture volante, destination Mars, accompagnée de son robot majordome en latex chromé. Nous sommes en 2026 et Madame Arthur attend toujours son embarquement. Pour...

    François Poitou & Pumpkin en concert au Hasard Ludique
    Agenda
    27 vues

    François Poitou & Pumpkin en concert au Hasard Ludique

    Après Arômes Complexes, François Poitou & Pumpkin reviennent avec Ancré Chaos, un deuxième chapitre où le Jazz et le Rap s’enlacent élégamment avec profondeur et force. Onze morceaux écrits et façonnés à deux, où la plume poétique de la...