Le Paradoxe amoureux ou l’amour dans tous ses états !
© Philippe Escalier
L’adaptation du Paradoxe amoureux de Pascal Bruckner, signée par Philippe Honoré, propose au Lucernaire, une esquisse colorée des différentes incarnations du sentiment.
S’il est un verbe qui s’est conjugué différemment selon les temps, c’est bien aimer. Libertin au XVIIIe, romantique ou corseté selon les milieux au XIXe, révolutionnaire au XXe, l’amour, censé n’obéir à aucune loi, est changeant, multiforme, en particulier après une époque de profondes évolutions sociétales. L’émancipation des femmes (ce combat permanent !) et la libération sexuelle ont apporté de l’égalité et du piment dans les rapports intimes qui, plus que jamais, sont impossibles à cataloguer, tant ils sont variés et dépendent de paramètres différents.

© Philippe Escalier
Pour en donner une image, c’est à une galerie de portraits haute en couleurs que Philippe Honoré et le metteur en scène Philippe Person ont recours, pour incarner ce Paradoxe amoureux, en trouvant refuge, (qu’elle meilleure oreille imaginer ?) dans le cabinet d’un psychanalyste. Vont se confier, le jeune séducteur gérant sa vie sentimentale comme une entreprise, focalisé sur le rendement et le chiffre, la bourgeoise qui décide, enfants élevés, de mettre un terme à une monotonie qui a tourné au calvaire. Viennent aussi le vieux célibataire endurci, libre, mais bien seul, le taiseux qui cache une vie agitée. Diverses situations cocasses dépeintes avec la plume savoureuse et précise de Pascal Bruckner brossant, à travers ses personnages, un tableau du sentiment amoureux, avant qu’il ne soit chamboulé par l’apparition foudroyante des applications par lesquelles le smartphone s’est transformé en machine à préliminaires. Le combat entre le besoin d’être aimé et la liberté, l’amour physique et la passion romantique, l’attrait pour l’aventure et le goût du confort, ces besoins, ces contradictions sont finement analysées par le prisme évocateur de l’humour.

© Philippe Escalier
Trois comédiens servent admirablement ce texte croustillant. Pascal Thoreau réussit l’exploit de prendre tous les habits (homme et femme confondus) et toutes les attitudes avec une finesse qui ravit le spectateur. Moins prolixe, Philippe Person incarne le psychanalyste idéal, aux airs matois, au silence évocateur, posant, l’air de rien, la question qui tue. Florence Le Corre est la narratrice parfaite, fil conducteur et ponctuation du spectacle que Philippe Person a mis en scène d’une manière subtile, vivante et originale. C’est donc à un mariage plus qu’heureux entre un superbe texte et une belle et énergique représentation scénique auquel les spectateurs sont conviés, leur laissant au final un sentiment d’euphorie, sinon perpétuelle, du moins bien réelle.
Philippe Escalier
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