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Le petit coiffeur, magnifique confrontation entre chênes et roseaux, au Théâtre Rive Gauche

Patrick duCome 25 octobre 2020
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Le petit coiffeur © Fabienne Rappeneau

Chartres, 1944, enfin libérée ! Pour cette histoire de famille prise dans l’engrenage infernal que crée la guerre, Jean-Philippe Daguerre nous emporte dans l’époque troublée de l’Occupation. Sans garde-fous, nous revivons l’Histoire en direct. Au cœur de cette aventure trépidante, nous demeurons les témoins privilégiés de la grande et éternelle saga de l’amour et de la trahison.

Les excès des premières épurations choquent un artiste-peintre contrarié, Pierre Giraud, coiffeur depuis qu’il a repris la boutique après la disparition de son père, mort dans un camp en 43. Marie, sa mère, héroïne de la Résistance possède une forte personnalité. Son compagnon, également résistant, a le caractère aussi trempé qu’elle. C’est lui, FTP radical qui demandera à Pierre, de venir tondre des femmes, ces amantes ou maîtresses de l’occupant, conspuées par une foule qui appelle à la vengeance. En se trompant de cible, il froisse Pierre qui a son sens de la moralité et de la justice. Ces débordements sont souvent « le fait de résistants de la veille, soucieux de faire preuve d’un zèle qu’on ne leurs connaissait pas face à l’occupant quelques jours auparavant », nous dira sa mère.
Mais là est ce contexte particulier à la Libération, fort bien restitué par Jean-Philippe Daguerre, l’auteur et metteur en scène. Dans cette période trouble où depuis plus de quatre ans l’on se méfie davantage de son voisin que d’Adolf Hitler, ont eu lieu des dénonciations suivies des ralliements de dernière heure aux FFI libérateurs. Le refrain est connu !

Il s’est tout passé dans ces années noires. Les héros se sont révélés là où les suppôts du gouvernement de Vichy poussaient comme la mauvaise herbe. Ainsi, Marie, la mère du petit coiffeur,  connue honorablement pour ses actions de grande résistante, nous renvoie au souvenir du remarquable Jean Moulin, préfet de Chartres. D’autres ont choisi la voie de la collaboration active ou bien ont été les victimes plus passives de circonstances qui ont fait basculer leur vie. C’est le cas de Lise, qui fut autrefois amoureuse et amante d’un soldat de la Wehrmacht et c’est ce que les résistants de la ville ont découvert, eux qui cherchent à arrêter cette jeune fille, modèle et désormais amante de Pierre, le peintre-coiffeur que lui avait présenté sa mère.

Des chênes et des roseaux

Que peut-on faire dans ce cas là ? Dénoncer l’endroit où elle se cache avec Pierre qui la protège par amour ? Quel dilemme pour Marie, cette mère qui ne peut gommer ni ses convictions, ni l’amour pour son fils, ni l’affection pour son compagnon qui a résolu de remettre la jeune fille entre les mains de la justice populaire ? Ce compagnon rude, qui sait ce qu’il veut, nous emportera dans une série de rebondissements qui apportent à la pièce de Jean-Philippe Daguerre une dimension épique et c’est là que démarre la tragédie. Dans son excellente mise en scène, J-Ph Daguerre est assisté du comédien et musicien Hervé Haine. Brigitte Faure, qu’on a plaisir à retrouver, donne au personnage de Marie, la mère du petit coiffeur, une puissance rassurante et toujours de bon aloi. Elle sait parfaitement tenir les rôles de grandes gueules au même titre que ceux qui demandent délicatesse et émotion. Il y a chez elle de tout cela à la fois. La voix de cette soprano, ancienne artiste lyrique de chez Jérôme Savary (oui, malgré son jeune âge), possède une texture particulière. Eric Emmanuel Schmidt écrit à propos de ce rôle qu’il représente “une magnifique figure de femme mûre comme le théâtre en propose rarement”. Elle ne le contredit pas ! Félix Beaupérin (Théâtre du Roi de Coeur), Romain Lagarde et Arnaud Dupont offrent une magnifique confrontation, ce sont des chênes et des roseaux. Charlotte Matzneff (Lise) instille dans son jeu de comédienne, l’ambiguïté qui sied à son personnage que le spectateur ne cerne pas de prime abord. Lise est-elle intéressée ? Est-elle réellement amoureuse du petit coiffeur ? Pierre ne représenterait-il que sa façon à elle de se dédouaner de son “sulfureux” passé ?

Les rebondissements, les multiples tableaux qui surgissent sont autant de séquences qui nous permettent avec jubilation de retrouver l’auteur et metteur en scène de «Adieu Monsieur Haffmann» dont on connaît désormais sa façon de faire, de marquer sa patte, cette manière de créer, d’écrire, de mettre en scène. Son jeu subtil qui met en scène cette éternelle ambiguïté des êtres entre leur faiblesses et leurs déterminations

Patrick duCome

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