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    “Le Principe d’incertitude” : Laura Smet et Jean-Pierre Darroussin, rencontre magnétique

    Hélène Kuttner 2 octobre 2022
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    © Fabienne Rappeneau

    Sur la scène du théâtre Montparnasse transformé en quai de gare, les deux comédiens s’épient et se cherchent comme chien et chat, bêtes de scène non domestiquées par l’écriture acérée de Simon Stephens. Louis-Do de Lencqueseing met en scène cette histoire d’amour impossible avec beaucoup de délicatesse.

    Raconter une histoire

    © Fabienne Rappeneau

    Nous allons au théâtre pour que l’on nous raconte des histoires. La pièce de l’Anglais Simon Stephens conte une rencontre improbable, celle qui va se nouer entre Alex Priest, un boucher intello et poète de 75 ans, et Georgie Burns, 42 ans, célibataire et mère d’un grand garçon qui a fui aux États-Unis, dans le New Jersey, pour s’inventer une nouvelle vie. Georgie, sur ce quai de gare et dans l’attente d’un train, va effleurer la nuque d’Alex, sans aucun prétexte valable, sinon l’attirance que provoque cet homme ordinaire chez cette jolie quadragénaire au naturel si décontracté. C’est Laura Smet, qui fait ses premiers pas sur une scène de théâtre, qui campe la jeune femme avec un naturel confondant, une aisance physique formidable. L’actrice donne ainsi au personnage de Georgie, cabossé par la vie, fragile et tendre, la puissance vitale nécessaire à la rencontre avec cet inconnu. Grâce à elle, l’impossible de cette rencontre, à laquelle vient se greffer une différence d’âge de plus de trente ans, peut naître.

    Darroussin impérial

    © Fabienne Rappeneau

    Dans le rôle d’Alex, le boucher poète bougon et râleur, l’amateur d’art et de musique qui aime tailler dans une viande sanguine, Jean-Pierre Darroussin est merveilleux d’humilité et de sobriété. Il faut dire que le très beau texte est une invitation à plonger dans les interstices de l’intime des personnages. En fuyant la jeune femme, Alex se dévoile, à tel point qu’elle parviendra, au sens propre comme au sens figuré, à le mettre à nu. Dans un décor dénudé et presque sec, ce sont les deux comédiens, dans la belle lumière de Joël Hourbeigt, qui sont nos guides. Elle, frémissante d’une beauté sauvage, d’un aplomb insensé, se laisse prendre, piéger par son propre jeu de séduction, par son sens de la répartie et son désir de liberté. Lui, sur la réserve, se laisse progressivement posséder, ouvre sa maison et son cœur, avouant ses traumatismes et ses désillusions. Plus tard, ils feront tous les deux un voyage, après des faux-semblants et quelques incompréhensions. La pièce fait délicatement et simplement basculer nos certitudes, valser nos clichés et ouvrir un bel horizons de possibles et d’hypothèses ouvertes. Sans pathos ni lourdeur, c’est une vraie histoire qui s’incarne avec deux beaux acteurs.

    Hélène Kuttner

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