Les Enfants du soleil, mis en scène par Côme de Bellescize au Théâtre 13
Sur scène donc, une famille qui intellectualise, analyse la folie des hommes, la beauté de l’avenir, au regard de l’atrocité du passé. L’intelligentsia russe est ici portée par pléthore de personnages, caricaturaux certes, mais qu’ils soient rêveurs, lucides ou désespérés, tous font fi du présent pour oser imaginer un avenir meilleur. Métaphorique, la pièce se sert ici du chimiste et de ses expériences comme d’un miroir de la société. Protassov mélange, mixe, fusionne jusqu’à l’obtention, parfois explosive, d’un résultat satisfaisant. A l’image d’une société russe sur le point d’imploser tout au long de l’intrigue.
Parce qu’il proteste publiquement contre « le dimanche rouge » de St Pétersbourg, Maxime Gorki écrira cette pièce entre les quatre murs d’une prison. Lorsqu’il signe ce texte engagé en 1905, l’auteur s’insurge contre les intellectuels de l’époque qui, en temps de révolution, consacrent la majeure partie de leur temps à la réflexion, bien plus qu’à l’action. Egoïste, individualiste, chaque personnage n’agit que dans son propre intérêt. Faire valoir son bonheur n’a pas de prix, n’a plus de prix pour ces êtres blessés, victimes malgré eux de ce dimanche sanglant, à l’image de Liza, que le rouge rend haineuse et qui clame : « Là où le sang a été versé, les fleurs ne pousseront plus ». Sous couvert des notions de bien et de mal, Gorki prend un malin plaisir à dépeindre les inégalités de l’époque : Pavel, naïf, empathique et riche, donne une leçon de vie à Iegor, son homme de main, à qui il confie « ce n’est pas bien de battre sa femme ». Satirique, l’auteur se fait ici l’avocat des va-nu-pieds et tourne en ridicule la vision des intellectuels, selon laquelle seul un être sachant est à même de distinguer le bien du mal.
Un texte donc, qui remis au goût du jour, montre qu’il n’a pas pris une ride. En ces temps de crise économique, alors que la grippe A se substitue au choléra et enflamme les débats publics, le metteur en scène redonne vie au texte de Gorki, qui conserve en 2009, toute la pertinence que son auteur lui avait insufflée en son temps. Ce n’est sûrement pas un hasard si les costumes ont tout du vêtement contemporain…
Si l’on définit le théâtre comme un art vivant, alors cette signification prend ici tout son sens : emmenée par la compagnie du Théâtre du fracas, ces acteurs, passionnés et passionnants, déambulent au milieu des spectateurs et brisent les codes d’une mise en scène traditionnelle. Un bonheur pour l’assistance, qui a le sentiment d’être plus que le témoin privilégié d’une méditation sur le monde.
A la fois drôle et juste, la pièce distille ce qu’il faut d’émotions pour susciter chez le spectateur amusement et réflexion. Existentialistes et manichéens, les textes de Gorki sont ici servis par une troupe lumineuse et brillante, comme ces enfants du soleil, dont la performance et le naturel relèvent de ce que l’on appelle communément le talent.
Mathilde Degorce
Les Enfants du soleil
Avec : Michel Baladi, Sabrina Bus, Jonathan Fussi, Vincent Joncquez, Eléonore Joncquez-Simon, Gaël Marhic, Sydney Ali Mehelleb, Teddy Melis, Alix Poisson, Nathalie Radot, Colette Venhard
Mise en scène : Côme de Bellescize
Assistante à la mise en scène : Louise Loubrieu
Scénographe : Sigolène de Chassy
Création lumière : Thomas Costerg
Compositeur : Yannick Paget
Jusqu’au 13 décembre 2009
Mardi, mercredi, vendredi à 20h30
Le jeudi et samedi à 19h30
Le dimanche à 15h30
Théâtre 13
103A Boulevard Auguste Blanqui
75013 Paris
Réservations au 01 45 88 62 22
Métro : Glacière
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