Les fraises de Blanca Li sont à croquer…dans Le Jardin des Délices !
Le pari d’un retour dansé sur le triptyque le plus célèbre qu’ait réalisé Jérôme Bosch réjouit d’audace. Le Jardin des Délices, c’est cette oeuvres qui libère en couleurs éclatées une version pas très seizième siècle du mythe des origines. Dans un réalisme qui rompt avec l’iconographie classique de l’époque, l’artiste y déploie sa vision d’un Eden énigmatique dans lequel se mêlent les délices et travers de l’âme humaine. Comment rendre alors, la richesse profondément contradictoire de cette représentation emblématique d’un paradis libertaire, tendu entre jouissance et damnation ?
Déjà le film de la réalisatrice Eve Ramboz réussit à nous séduire pour nous égarer dans les intrigants dédales d’un Jardin des Délices devenu animé. Déployé en fond de scène, l’art vidéo permet aux interprètes de la Compagnie Blanca Li de s’incarner dans une peinture dont on ne sait plus si c’est elle qui donne vie aux danseurs, ou si ce sont les mouvements de ces derniers qui agissent comme autant de coups de pinceaux réincarnant. Et si l’on ne sait plus qui de la poule ou de l’oeuf, on s’y fait et l’on est bluffé que les écritures passées et présentes, que les écritures picturales, chorégraphiques et cinématographiques se fondent les unes aux autres jusqu’à ne former qu’une seule et même parabole d’un bonheur libertaire.
Dans l’ensemble, ce Jardin des Délices est marqué du sceau de l’onirisme. Présente dans une scénographie fantaisiste, la mécanique du rêve rencontre un relais manifeste dans une gestuelle maîtrisée mais chargée d’une primitivité instinctive. Au croisement des influences classiques, arabo-andalouses et hip hop, la danse ici s’enfonce féline, entre euphorie et cauchemar, libérée de toute délimitation spatio-temporelle.
Pour autant, bien que cette fresque séduise car elle est un savoureux mélange de grâce et de poésie, on ne peut s’empêcher de regretter quelques inutiles envolées, critiques faciles et caricaturales des dérives de la société contemporaine. On pense notamment à la scénette qui nous ramène à un usage individualiste du téléphone portable, car celle-ci, sans ajouter au sens, nuit à l’harmonie d’ensemble de la pièce. On déplore encore, en regard de la subtile ambiguëté contenue chez Bosch, que l’on ait opté pour une lecture un peu trop idyllique d’un tableau pourtant fort d’une dimension dantesque a priori incontournable.
Il reste qu’en dépit d’un traitement regretté unilatéral pour une peinture à double tranchant, Blanca Li parvient à animer son public, un public hypnotisé par la luminosité colorée de cette dernière création. Son jardin des délices est féérique de danser l’hybride avec fraîcheur, et original de signifier la concupiscence de la pomme en deçà de l’irrésistible charme de fraises…à croquer !
Christine Sanchez
Les 26, 27, 28, 29 et 30 juin à 20 heures
Location: 01 49 52 50 50
Tarifs: de 17 à 60 euros
Studio des Champs Elysées
15, Avenue Montaigne
75008 Paris – Métro Alma-Marceau ou Franklin Roosevelt
Festival Synodales (Sens) : 3 juillet
Festival Cadences, Théâtre Olympia (Arcachon) : 23 septembre
Dans le cadre de Monpellier Danse:
– les 19 et 20 juin à 20h, à l’Opéra Berlioz – Le Corum (Montpellier)
– le 11 juillet à 21 h 30 au Festival des 2 Cités (Carcassonne)
– le 13 juillet à 21 h 45, Les Estivales (Perpignan)
– le 2 décembre à 20 h 30 à la Scène Nationale Le Théâtre (Narbonne)
– le 4 décembre à 20 h 30 à la Scène nationale de Sète et du Bassin de Thau
Crédits photos: Eve Ramboz et Ali Mahdavi
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