L’éveil du printemps – Théâtre de la Colline
Ce qui frappe au cours de cette pièce, c’est le profond pessimisme qui la parcourt. L’éveil à la sexualité, l’entrée dans le monde adulte est arrêtée net par la mort pour deux des jeunes gens, apparemment trop fragiles pour éclore du cocon de l’enfance. Pour d’autre, ce rite de passage est marqué par la maison de correction, par la perte dramatique de l’innocence et de la douceur. Pour dire cela, Guillaume Vincent fait le choix d’une mise en scène extrêmement bruyante, pleine de cris – cacophonique, parfois. Cette tendance au brouillon ne sert pas le jeu des comédiens, qui sont perdus au milieu de ce chaos.
D’autre part, les choix des coupes dans le texte original retire du relief, de la profondeur à la pièce. Ainsi, Vincent a choisi d’éliminer tous les adultes présents dans la pièce de Wedekind. Le spectateur est confronté à des adolescents (qui, hélas, semblent bien plus vieux que les 14 ans qu’ils revendiquent) affranchis de toute surveillance parentale. Si des adultes apparaissent, ils sont masqués. Ce parti pris ne permet pas d’inscrire les jeunes personnages dans l’âge adulte vers lequel ils se dirigent, et leur révolte, leur incompréhension du monde des grands paraissent ainsi dénuées de tout fondement.
À moins de tout de suite se laisser prendre au jeu de cette adolescence excessive et criarde, il semble difficile d’entrer vraiment dans la pièce, de s’attacher aux jeunes protagonistes. Tout se passe comme si l’empathie qui les relie entre eux ne traversait pas le quatrième mur. Accablés par tous les maux de l’âge ingrat, les jeunes gens en font trop pour être vraiment crédibles, vraiment justes. Tout va trop loin dans l’exagération.L’éveil du printemps saura sûrement toucher les nostalgiques de la crise d’adolescence. Mais l’excès de pessimisme et le manque d’humilité dans la mise en scène gênent la transmission du message, et l’on ne sait pas bien si cette production est une véritable exploration des affres de l’adolescence, ou plutôt une vision d’adulte sur cette période de la vie.
Audrey Chaix
L’éveil du printemps
de Frank Wedekind, traduit de l’allemand par François Regnault
Mise en scène de Guillaume Vincent
Avec Nicolas Maury, Cyril Texier, Pauline Lorillard…
Du 12 mars au 16 avril 2010
Durée : 2h35
Petit Théâtre
Du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h, le dimanche à 15h
Réservations au 01 44 62 52 52 ou www.colline.fr
Tarifs : de 13 à 29€
Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun
75020 Paris
Métro Gambetta (lignes 3 et 3bis)
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